A Jérusalem, on a pris très
au sérieux la nouvelle du quotidien panarabe Al-Hayat (la vie), selon
laquelle, sous la pression des Iraniens, Béchar al Assad aurait autorisé
l’ouverture d’un troisième front contre Israël sur le plateau du Golan. A tel
point que Jérusalem a immédiatement réagi par une réponse dont le ton énergique
sort de l’ordinaire.
On a choisi un
haut-fonctionnaire connu, mandaté par le gouvernement hébreu pour prendre
langue avec Mark Landler du New York Times afin de faire connaître la position
israélienne. Le moins que l’on puisse en dire est qu’elle est cinglante.
Elle prend deux menaces en
compte : la première est constituée par l’intention affichée de pourvoir
le Hezbollah de Hassan Nasrallah d’armes sophistiquées, d’un genre que Damas se
refusait de livrer jusqu’à maintenant à la milice chiite libanaise.
A en croire le chef de cette
organisation, en réponse aux récent raids du He’l Avir contre des
objectifs à Damas, la Syrie lui livrera des "armes ayant la propriété de
changer les règles du jeu". Réponse de l’envoyé de Jérusalem : Israël
envisage de nouvelles frappes en vue d’empêcher le transfert d’armements
avancés dans les mains du Hezb.
Quant à la seconde hypothèse
soulevée par Al-Hayat depuis sa rédaction principale de Londres,
l’éventualité d’opérations militaires de la part d’Assad contre Israël,
directement ou par supplétifs interposés, la réplique du cabinet Netanyahou se
veut plus vive encore : dans ce cas, le dictateur alaouite "mettrait
son régime en péril car Israël riposterait".
Le haut-fonctionnaire a
toutefois précisé que, "jusqu’à présent, Israël s’était abstenu
d’intervenir dans la Guerre Civile syrienne et qu’il conservera cette politique
aussi longtemps qu’Assad n’attaquera pas Israël directement ou
indirectement".
Le message de Jérusalem est
d’autant plus percutant que son armée possède, sans le moindre doute sensé, la
capacité, non seulement de frapper le régime alaouite de manière très
douloureuse, mais aussi, celle d’offrir la victoire à l’insurrection.
Assad : l’hyperactivité pourrait lui être fatale
Encore est-il utile de
mentionner que, pour ce faire, il suffirait aux appareils portant l’étoile de
David d’anéantir une quinzaine de sites et de positions névralgiques pour créer
une nouvelle situation dans laquelle les forces gouvernementales ne seraient
plus à même de protéger Damas. Sans compter, en outre, que si Netanyahu
décidait de se débarrasser physiquement d’al Assad, il y parviendrait sans
grande difficulté. Pour atteindre ces objectifs, il faudrait une heure, deux,
tout au plus, aux pilotes hébreux surentraînés.
Ce rapport de forces est
connu de tous les partis concernés. Ce qui fait dire à des officiels du monde
arabe que le tyran damascène ne risquera pas la gageure suicidaire de titiller
son ennemi traditionnel sur le Golan. Les mêmes responsables arabes affirment
ne pas nourrir le moindre doute quant au fait que Jérusalem n’hésitera pas à
punir la Syrie et le Liban en cas d’attaques terroristes à la frontière
israélo-syrienne. Et l’exécutif israélien fait également savoir, tant à ses
ennemis qu’à la communauté internationale, qu’il tiendra al Assad responsable
pour toute agression en provenance de son territoire.
Pour le despote alaouite,
cependant, les choses ne sont pas simples. Dépendant largement du soutien
logistique aussi bien que de la participation des Gardiens de la Révolution
khomeyniste dans sa guerre, il connaît l’intérêt majeur des ayatollahs de
disposer du recours à des ripostes indirectes dans le cas d’une opération de
Tsahal contre leurs infrastructures nucléaires.
Ce souci compte encore plus
pour les guides de la "République" Islamiste que l’issue du conflit
syrien. D’ailleurs, en lisant la presse arabe et iranienne, on comprend entre
les lignes que l’ampleur du soutien que Khamenei propose à Assad est
directement proportionnelle avec l’aide stratégique qu’il décide de lui
fournir.
Or dans le quotidien syrien Al
Watan (la patrie), on évoque l’éventualité de permettre à des groupes
palestiniens armés de lancer des attaques contre l’ennemi sioniste à partir des
hauteurs du Golan. Au Liban et en Perse, on lit qu’Assad envisagerait de
permettre à tout Arabe et à tout musulman d’agir contre les Juifs à partir de
son territoire.
De l’avis de Khaled Abd al
Majid, le secrétaire général du Front de Lutte Populaire Palestinien (FLPP)
basé à Damas et proche du régime, la Syrie possède "le droit et le devoir
de riposter en utilisant tous les moyens dont elle dispose".
Certes, mais ces moyens, que
ce soit sur le second front – le Liban – ou sur le troisième, le Golan, restent
minces voire anecdotiques.
Au pays du cèdre, le Hezb
n’a pas encore réussi à toucher les missiles Fatah-100 ni les fusées
antiaériennes SA-17 qui lui permettraient de poser des problèmes un peu plus
conséquents à Tsahal. Et même si c’était le cas, Nasrallah et les Palestiniens
alliés à Assad ne pèseraient toujours pas lourd dans le rapport de force avec
l’Etat hébreu.
Ce dernier dispose en effet
des moyens de neutraliser les SA-17 par des contremesures électroniques, et met
la dernière main à la Fronde de David, capable d’intercepter en vol la
plupart des missiles balistiques à courte et à moyenne portée. C’est la Ména
qui, lors de la dernière confrontation entre Israël et le Hamas avait révélé
que le dispositif qui avait détruit en l’air des missiles se dirigeant vers
Tel-Aviv était en fait constitué des éléments de la Fronde de David et non du
Dôme d’Acier. Peu après cet affrontement, la confirmation de notre évaluation
était venue de la bouche même du 1er ministre Netanyahu.
Il nous appartient d’être
clairs sur ce point : il n’est nullement dans notre intention de prétendre
qu’aucun projectile tiré depuis le Liban ou la Syrie n’atteindrait le
territoire de l’Etat hébreu, car certains y parviendraient probablement. Ils
occasionneraient tout aussi vraisemblablement des pertes humaines et des dégâts
matériels. L’Armée régulière syrienne possède à elle seule, dans son arsenal,
nombre d’engins à même d’occasionner des dommages en Israël.
Mais ces armes existent chez
nos ennemis depuis pas mal de temps et, fort sagement, ils n’en ont que très
rarement fait usage. Ce que nous affirmons est, qu’en l’état des forces en
présence, aucune de ces forces armées, y compris celle des Iraniens, aucune
milice, et, à plus forte raison, aucune organisation terroriste ne pose un problème
existentiel, pas même aigu à la sécurité d’Israël.
Une attaque déclenchée à
coups de roquettes et de quelques missiles par les Fous d’Allah depuis le Liban
aurait pour conséquence certaine l’anéantissement de cette milice. Sans compter
que, contrairement à 2006, Jérusalem dispose d’alliés objectifs au pays des
cèdres, qui profiteraient probablement d’un nouvel affrontement entre le Hezb
et l’Etat hébreu afin de tenter de se débarrasser définitivement de Nasrallah
et de ses combattants. Car l’une des différences entre 2006 et nos jours
découle de l’affaiblissement de la milice chiite, consécutivement à sa
participation à la Guerre Civile voisine, et aux difficultés qu’elle rencontre
à obtenir des armes et des munitions en provenance des entrepôts alaouites, à
cause, précisément, des impondérables du conflit en cours.
Quant à mener des activités
militaires à partir du Golan, c’est encore plus aléatoire. Il faut commencer
par noter que la plus grande partie du versant syrien de ce plateau se trouve
actuellement aux mains des rebelles. Et ajouter que les plus infimes mouvements
de troupes et de matériels sont instantanément repérés par les satellites, les
drones et les appareillages électroniques mis au point par les ingénieurs
hébreux. Dans ces conditions, aucune force armée digne de ce nom n’aura
l’opportunité ou le temps, ne serait-ce que de s’approcher de la frontière.
Les actions les plus
désagréables pour les Israéliens qui pourraient être conçues à partir de la
Syrie ou du Liban consisteraient en des tentatives de kidnapper des soldats ou
des civils, ou de tirer quelques obus de mortier et des roquettes à la
sauvette. Lors, Nasrallah et Assad sont dûment avertis que ces actes de
provocation dénués d’avantages tactiques quels qu’ils soient, en cette conjoncture
de pré-guerre avec l’Iran, se solderaient par des représailles assurément "disproportionnées".
Dans cette analyse, il
convient également d’observer que Tsahal a déjà, ces dernières années, conduit
des opérations sur le territoire de Béchar al Assad. Elle y a éliminé des
terroristes internationaux ainsi que des généraux alaouites responsables de
programmes de développement d’armes de destruction massive. En 2007, la Ména
avait été la première à annoncer la destruction, lors de l’Opération "Verger",
d’un réacteur nucléaire que le régime baathiste construisait dans la région de
Deir ez-Zor avec l’aide de conseillers nord-coréens et iraniens. Or, à aucune
de ces occurrences Assad n’avait entrepris la moindre riposte, bien qu’à ces
époques, ses moyens de répliquer fussent supérieurs à ceux dont il dispose
aujourd’hui.
Ses choix de ne pas se
mesurer à Israël étaient alors dictés par les mêmes considérants qui prévalent
actuellement. Ce qui nous amène, de même que les stratèges de Tsahal, à
considérer que les menaces émanant ces jours de Damas ne sont que des
tartarinades destinées uniquement à sauver la face.
Ces dernières semaines, la rébellion syrienne se
trouve condamnée à la défensive face à une contre-attaque généralisée des
forces fidèles à Béchar al Assad. Les livraisons d’armes russes ainsi que
l’afflux de renforts de Gardiens de la Révolution perse et de miliciens chiites
du Hezbollah libanais sont en train de faire pencher la balance en faveur du
régime de Damas.
Ajoutez à cela que les images d’actes barbares
auxquels se livrent des combattants de l’insurrection et la part grandissante
qu’y prennent les bataillons islamistes amènent les Occidentaux à réviser à la
baisse le soutien qu’ils apportent à l’opposition.
Il est difficile, pour ne pas dire impossible, aux
anglo-saxons d’envoyer des armes à un camp dont les guerriers peuvent être vus
sur le Net en train d’arracher le cœur d’un militaire gouvernemental et de le
dévorer.
Pas facile à expliquer non plus la décision d’aider des
partis qui passent leur temps à hurler leur haine de tout ce qui n’est pas
musulman et leur projet d’en débarrasser la Syrie lorsqu’ils auront pris le
pouvoir.
A prendre également en compte les dissensions à la
fois tactiques et idéologiques dans les rangs des adversaires du pouvoir
alaouite. Les factions armées ne sont pas coordonnées et plusieurs d’entre
elles se détestent presque autant qu’elles abhorrent les soldats d’Assad et
leurs alliés étrangers.
De là à prédire un écroulement de la rébellion et une
reprise en main de la Syrie par al Assad, il existe un pas impossible à
franchir. Les succès remportés par les alaouites ne sont pas à ce point
significatifs et le déséquilibre démographique entre les deux camps – 3,5
millions d’alaouites et de chiites face à 16,5 millions de sunnites – n’est pas
gérable par le régime de Damas. Globalement, les forces insurrectionnelles sont
deux à trois fois plus nombreuses que les gouvernementales.
Au bout de l’équation, l’on aboutit forcément à un
conflit interminable, une férocité dépassant l’entendement, et un nombre de
victimes important. Les ONG se fendant de bilans parlent à ce propos de 80 000
morts alors que ce chiffre a dépassé les 100 000 depuis plusieurs semaines, et
nos lecteurs savent que le bureau de la Ména de Beyrouth se trompe rarement
lorsqu’il s’agit d’établir des estimations macabres. Notez aussi que dans une guerre
civile du type de celle à laquelle nous assistons, le rapport habituel des décès
et des blessés est de un mort pour six blessés, dont un invalide complet et
deux autres ayant perdu au moins l’usage d’un membre.
Ces chiffres considérés parmi une population de
l’ordre de 23 millions d’habitants donnent une idée de l’ampleur de la
catastrophe. Et cela n’est pas fini. Jean Tsadik, que je tiens pour le premier
spécialiste en matière de conflits du Moyen-Orient, m’a confié hier son
évaluation remise à jour : "Ce conflit va encore se prolonger entre
deux et quatre ans, sa durée dépendant du volume des renforts et de l’armement
dont va bénéficier chacun des deux camps ; il s’agit d’un gigantesque
carnage", a précisé notre camarade.
Le
drapeau iranien qui flotte sur Kfar Kileh au Liban
Jean Tsadik m’a également affirmé que l’unique
avantage des derniers succès des hommes de Béchar consistait en ce que
l’opposition se montrera plus favorable à entamer des négociations avec le
régime. Et certains pays, dont la Russie, se dépensent sans compter pour que
des discussions s’ouvrent et qu’elles débouchent sur un partage des privilèges
ou, à tout le moins, un départ graduel et ordonné de l’actuel dictateur et de
sa clique.
Pendant ce temps, l’armée régulière s’est emparée
d’un nœud routier stratégique proche de la frontière jordanienne, qui coupe
pratiquement les lignes de communication et d’approvisionnement des rebelles
vers Damas à partir du royaume hachémite.
Sur le front central, la situation militaire est plus
préoccupante encore pour l’insurrection. Elle vient d’abandonner trois
villages-clés dans la région de Qousseir, à la frontière syro-libanaise, sous
la pression des forces gouvernementales et du Hezbollah : al-Haydariya, Ich
al-Warwar Dumaïna et al-Gharbiya. Et l’aéroport militaire tout proche d’al-Dabaa,
dont les rebelles s’étaient emparés il y a tout juste un mois est lui aussi sur
le point de tomber.
Suite à ces revers, Qousseir, ses 20 000 habitants et
ses 10 000 réfugiés se trouve déjà encerclée au Sud, à l’Est et à l’Ouest, et
l’on peut raisonnablement craindre pour la vie de ces civils si la cité, qui
résiste aux forces alaouites depuis un an, devait être submergée. Un massacre
est à craindre ces prochains jours.
Sur le plan tactique, la perte des villages
avoisinant Qousseir a d’ores et déjà coupé l’artère menant de la grande
agglomération syrienne de Homs au littoral libanais. La situation des
défenseurs de Homs, faisant face à des forces supérieurement armées est
délicate. Si l’approvisionnement en vivres est généralement assuré, celui en
munitions se déroule au compte-gouttes. Nous n’entrevoyons toutefois pas d’assaut
décisif contre cette cité dans un proche avenir, car les pertes occasionnées
par une éventuelle reconquête de Homs s’avèreraient trop coûteuses pour al
Assad dans la conjoncture actuelle. En revanche, les victoires dans la zone de
Qousseir, en plus d’infliger un grave coup au moral des contempteurs du
dictateur alaouite, empêcheront, durant l’été, toute offensive de la révolte
sur le front central.
On doit aussi observer que le dictateur, entouré de
ses conseillers iraniens, a relativement bien réagi aux raids israéliens
proches de son palais damascène. S’il avait cédé à l’envie de riposter pour
l’honneur contre les Hébreux, Assad aurait risqué l’escalade contre une
puissance bien plus forte que son armée. S’il avait sur-réagi, il n’aurait pas
été en mesure de remporter les succès que nous venons de relater.
Hier le 1er ministre israélien est allé
rencontrer le Président Poutine dans la ville de Sotchi, sur les bords de la
mer Noire. Netanyahu aura pu, à cette occasion, vérifier l’avancement des
travaux destinés à accueillir les jeux olympiques d’hiver de 2014 dans ce fief
du Caucase russe.
Mais surtout, il avait effectué ce déplacement afin
de persuader le dirigeant russe de ne pas livrer le système anti-aérien très
sophistiqué S-300 – l’équivalent des Patriots américains – à Béchar al
Assad. Poutine, qui ne perd jamais le sens de l’à propos, a suggéré à son
hôte un échange de bons procédés : il ne livrera pas de S-300 si Israël
s’abstient de bombarder la Syrie. Le chef de l’exécutif de Jérusalem a
renchérit en acceptant d’observer cette retenue si Assad ne faisait pas usage d’armes
de destruction massive et ne transférait pas d’armes à destination du
Hezbollah.
Le président russe a promis de faire pression dans ce
sens sur le dictateur alaouite, mais on doute que ce dernier puisse imposer sa
volonté à ses commanditaires perses dont dépend sa survie. Or l’urgence
prioritaire, pour Téhéran, consiste à doter la milice chiite libanaise des
moyens d’ouvrir un second front face à Israël en cas d’attaque des Hébreux
contre son infrastructure nucléaire. Bref, la rencontre de Sotchi n’aura pas
permis d’effectuer d’avancée spectaculaire, chacun conservant ses cartes
maîtresses dans sa manche.
Sur le plan politique, c’est à Beyrouth que l’on note
une évolution significative : le Courant du 14 Mars – indépendantiste,
nationaliste – est parvenu à resserrer ses rangs à l’issue d’intenses
consultations entre ses composantes, et à réunir une force de 70 députés à
l’assemblée nationale (sur 128) pour soutenir un projet de réforme du système
électoral. Leur projet est un savant mélange de scrutin proportionnel et majoritaire,
destiné principalement à favoriser les communautés chrétienne, sunnite et
druze, au détriment des chiites. Les Saoudiens se sont fortement impliqués afin
d’aplanir les derniers différends entre les leaders du 14 mars afin de faire
barrage aux Iraniens et à leurs supplétifs libanais.
Lesdits supplétifs qui comptent 56-57 députés au
parlement, et qui, à moins de faire usage de la force, ne pourront guère
empêcher l’approbation de l’amendement constitutionnel.
L’entente obtenue au sein du 14 mars recèle une
portée qui dépasse la réforme du système électoral. Elle consacre le retour au
bercail du cheikh druze Walid Joumblatt et de son parti communautariste PSP
(Parti Socialiste Progressiste, 10 sièges). Ce fut sa migration, sous la menace
directe d’être assassiné, chez ceux du 8 mars, les prosyriens, pro-iraniens,
qui avait permis au Hezbollah et à Khamenei de contrôler les derniers cabinets.
Désormais, si Joumblatt ne change pas à nouveau
d’avis, l’association nationale réunissant [la majorité des] sunnites,
chrétiens et Druzes, pourrait former l’ossature du futur gouvernement et
rejeter les alliés de Téhéran et de Damas profondément dans l’opposition.
Pour l’instant, le président de l’Etat, Michel
Souleiman, a chargé un sunnite, Tammam Salam, de former un exécutif transitoire,
avec pour mission quasi-exclusive de préparer les prochaines élections
générales et de permettre qu’elles se déroulent dans le calme.
La sérénité de l’atmosphère régionale est encore
dérangée par une déclaration de l’ambassadeur à Beyrouth de l'Union Européenne,
Mme Angelina Eichhorst, qui a menacé de retirer ses troupes de la
FINUL - la force de maintien de la paix des Nations Unies au Sud-Liban. Mme Eichhorst déclarant : "l'UE
pourrait retirer ses forces présentes le long de la frontière avec Israël"
à cause de l'"implication du Hezbollah en Syrie qui a déjà affecté un
certain nombre d'endroits au Liban".
L’ambassadeur d’ajouter : "Dans la foulée
de l'enlèvement [de 4 Casques bleus par des rebelles de la Brigade des Martyrs
du Yarmouk] récemment opéré sur la frontière israélo-syrienne, nous ne sommes
pas prêts à prendre le risque de continuer".
La prise de position de l’UE a de quoi surprendre à
bien des égards. D’abord parce que l’insurrection sunnite en Syrie n’a
strictement rien à voir avec la situation à notre frontière avec Israël ; ensuite,
parce qu’il s’agit de deux contingents des Nations Unies totalement distincts,
avec des ordres de mission complètement différents : la FNUOD, Force des Nations Unies chargée d'Observer
le Désengagement, dans le Golan, et la FINUL, Force Intérimaire des Nations
Unies au Liban, déployée à notre frontière méridionale.
De nos correspondants
permanents à Majd el Chams et au kibboutz Shamir.
Vers 5h 50 ce matin, deux
obus de mortier ont été tirés à partir de la Syrie sur deux bases de Tsahal
situées sur les sommets du Mont Hermon, à une altitude d’environ 2 500 mètres.
Le porte-parole de
l’Armée a annoncé qu’il n’y avait eu ni dégâts ni victimes lors de cette
attaque mais s’est refusé à confirmer l’endroit où elle s’était produite.
Juste après l’agression,
le site touristique – une station de ski en hiver, de randonnées en été – du Mont
Hermon a toutefois été fermé au public. Il y a quelques minutes, il a été rouvert
mais uniquement dans sa portion inférieure.
La pluie et le froid qui
frappent le nord d’Israël, très inhabituels à la mi-mai, limitent d’autre part
le nombre des visiteurs, même en ce jour férié de la fête des Semaines (Chavouot).
Il neige même à proximité des points de chute des obus.
Les spécialistes de notre
agence observent qu’aucun combat dans le cadre de la Guerre Civile syrienne ne
se déroule à proximité des fortins d’altitude de l’Armée israélienne. Ils
remarquent également qu’aucun incident majeur à caractère sécuritaire ne
s’était produit dans ce périmètre depuis des décennies.
Ils en concluent que
l’attaque provient probablement des rangs de l’Armée régulière syrienne et
qu’elle constitue, tout aussi probablement, une tentative de riposte aux récents
raids aériens israéliens sur Damas. En raison de l’effet de surprise, si ces
tirs avaient été un peu mieux ajustés, ils auraient pu faire de nombreuses
victimes parmi les militaires israéliens.
A l’heure qu’il est
Tsahal procède à l’analyse de ce qui s’est passé et parviendra sans aucun doute
aux mêmes conclusions que les nôtres. Il appartiendra ensuite au pouvoir
politique de décider si cette agression justifie une réponse militaire, et,
dans l’affirmative, de quelle ampleur elle doit être et sur quelles cibles il
convient de la diriger.
Des
données à méditer concernant les populations musulmanes du monde en général, et
les Arabes palestiniens en particulier.
Le Pew Research Center, un institut de recherche américain
spécialisé dans la collecte d'informations sur les grands courants d'opinion
mondiaux par le biais de sondages, vient de publier une vaste étude sur
l'évolution du monde musulman : « The
World's Muslims: Religion, Politics, Society » (Musulmans dans le
monde : religion, politiques, société).
Le sondage a été effectué dans trente-neuf pays d'Asie, d'Afrique
et d'Europe, auprès d’un échantillonnage de près de quarante-mille personnes.
Il peut être considéré comme porteur d'un haut degré de fiabilité, comme toutes
les enquêtes menées par le Pew Research Center. Ses résultats doivent donc être
pris au sérieux.
Ceux-ci soulignent – et cela ne devrait surprendre personne – une
nette poussée des idées radicales. Notamment l’adhésion d'une part importante
des musulmans de la planète au rejet des non musulmans. Ou encore le ralliement
d’une part encore plus conséquente d’entre eux à la volonté de voir appliquer la
charia (la loi islamique) de la façon la plus stricte dans toutes les sociétés
où l'islam est implanté.
A des questions précises, telle la mise en pratique de la peine
de mort pour apostasie, les réponses sont nettes et dépourvues de la moindre
ambiguïté. 72% des musulmans indonésiens, 74% en Egypte et 84% au Pakistan,
pour ne citer que quelques exemples, se prononcent en faveur de l'exécution de
ceux qui oseraient quitter la religion musulmane.
Surtout, que personne ne dise qu’il ne savait pas
Pour ce qui concerne la lapidation des femmes adultères, les
résultants sont également flagrants : respectivement 42%, 80% et 86% des musulmans
des pays cités plus haut y sont favorables.
Les proportions constatées pour ce qui concerne l'approbation de
lois très strictes concernant la punition du blasphème et toute « offense
faite à l'islam » sont, cela va de soi, tout aussi éloquentes.
Tous ceux qui penseraient encore qu'une ère de démocratie et de
liberté est à même de s'ouvrir bientôt dans le monde musulman devraient méditer
ces données d'urgence.
Les conclusions de l’étude traduisent une évolution d’autant plus
évidente si on les compare aux résultats des sondages effectués par le Pew
Research Center posant les mêmes questions, à un échantillonnage semblable,
voici dix ou quinze ans.
Dans le bilan de cette année, il est intéressant d'attirer
l'attention sur une part spécifique de l'échantillon : les Arabes résidant
dans les territoires contrôlés par l'Autorité Palestinienne. Ces résultats-là,
de fait, laissent pour le moins songeurs.
Ils se révèlent être parmi les plus rigoristes : s'ils ne sont
que 62% en faveur de l'application de
la peine de mort pour apostasie, 81% des Arabes palestiniens préconisent la
lapidation des femmes adultères.
Ils sont 89% à souhaiter l'application stricte de la charia et un
gouvernement islamique.
Pour 40% d’entre eux, le terrorisme et l'assassinat de civils
sont légitimes s’il s’agit de « défendre l'islam », un chiffre largement
supérieur à celui rencontré même au Pakistan (31%).
Les sondages sur les mêmes thématiques effectués par le Pew
Research Center il y a dix ou quinze ans n'incluaient pas les Arabes
palestiniens. L'ajout de ceux-ci change peu les résultats globaux.
Le 25 avril
dernier, le site Internet d’information Atlantico dévoile une vidéo montrant un affichage singulier dans les
locaux du Syndicat de la magistrature. Il s’agit d’un "mur des cons",
principalement composé de portraits d’hommes politiques, d’intellectuels ou
encore de journalistes français. Au palmarès, entre autres : Jean-François
Copé, Jacques Attali, Béatrice Schoenberg. A la photo de certains sont
également accolées des mentions du type "l’homme de Vichy", pour
l’ex-ministre UMP Brice Hortefeux, ou "le fossoyeur du 92", pour le
magistrat Philippe Courroye.
Cette
vidéo a été prise à l’aide d’un IPhone, le 5 avril, par le chroniqueur
juridique de France 3, Clément Weil-Raynal. Le journaliste, à qui la
présidente du Syndicat de la magistrature (SM) avait expressément demandé de ne
pas filmer ce pan de mur.
Le
journaliste affirme ne pas avoir directement transmis la vidéo à Atlantico
mais à un magistrat. Atlantico est un site qui se targue d’apporter
"un nouveau vent sur l’info", et dont la ligne éditoriale est
politiquement marquée à droite.
Pour
Le Monde, c’est Gilles-William Goldnadel, le président de l’Association
France-Israël, également chroniqueur régulier d’Atlantico, qui aurait
diffusé la vidéo prise par le journaliste de France 3.
Lequel
Weil-Raynal affirme qu’il a proposé à France 3 d’en faire un sujet ; il
rapporte que sa rédaction lui a toutefois répondu qu’il ne s’agissait pas d’un
sujet nécessitant une couverture à l’antenne.
Clément Weil-Raynal, l’homme par
qui le scandale arrive
Ce
refus d’antenne ainsi que le prétexte avancé par la rédaction afin d’envoyer le
reportage à la corbeille ont de quoi inquiéter ; on s’en convainc en
relevant les centaines de réactions outrées parmi l’intelligentsia
française : à l’instar de l’éditorialiste Philippe Tesson, qui, sur France 24, définit le
procédé du mur des cons du SM comme "dégoûtant" et
"répugnant".L’ex-ministre UMP
Nadine Morano, pour sa part, demande la dissolution du Syndicat de la
magistrature.
Dans la presse,
le débat tourne également autour de l’ontologie du dévoilement de ces images
par le journaliste, autant que sur l’existence du fameux "mur des
cons".
L’essentiel de la
polémique, particulièrement dans les media de gauche, aborde la question du
comportement professionnel de Weil-Raynal. Le fait de savoir s’il aurait dû diffuser ces images discréditant la
justice française, et s’il a commis une faute vis-à-vis de sa hiérarchie en ne
les lui proposant pas en exclusivité avant de les remettre à un tiers.
Dans
cette affaire, les syndicats de journalistes français, le SNJ (Syndicat
National des Journalistes)-CGT et le SNJ de France Télévisions, ne se
rangent pas du côté de leur confrère mais de celui du Syndicat de la
magistrature. La SNJ-CGT accusant même Weil-Raynal de "vol d’images" au
lieu de soutenir sa démarche journalistique consistant à avoir révélé une
information touchant indubitablement à l’intérêt du public de savoir.
Les syndicats de
journalistes ne s’insurgent pas non plus contre le fait que des professionnels
de leur branche étaient épinglés sur ledit "mur des cons", à l’instar
de David Pujadas ou d’Etienne Mougeotte.
Quelles
explications peut-on fournir quant à ce comportement surprenant et illogique de
la part des journalistes syndiqués ? A la Ména, nous en voyons deux.
Premièrement,
l’existence d’une connivence idéologique, de gauche, voire d’extrême gauche,
entre les syndicats de journalistes de France Télévisions et le Syndicat
de la magistrature.
Au sein de France
3, "l’ambiance est particulièrement politisée", nous rapporte une
journaliste de France Télévisions sous le couvert de l’anonymat.
"Très socialiste, tendance Besancenot, voire Mélenchon",
explique-t-elle, poursuivant : "si on ne pense pas dans le moule, il
faut sans cesse se battre pour exprimer ses idées".
Quant au Syndicat
de la magistrature, il affiche lui aussi traditionnellement des idées de
gauche, depuis sa création en juin 1968. Ce syndicat fédère le tiers des
magistrats français.
Les journalistes
de la télévision publique et les juges syndiqués se trouvent ainsi liés
idéologiquement. Dangereux amalgame, périlleux mélange des genres s’exprimant
dans une dynamique de clique, au détriment de la société et des adversaires
politiques.
Témoin la chasse
aux sorcières lancée contre Clément Weil-Raynal, qui ne se limite pas
uniquement à la lutte pour la préservation des acquis d’une classe de gauche
intouchable ; l’attaque en règle visant le chroniqueur juridique serait aussi
teintée d’un antisémitisme sournois cultivé par cette "classe", à en
croire notre informatrice qui côtoie ce microcosme quotidiennement et depuis de
longues années.
"L’antisémitisme
antijuif n’est guère absent des couloirs de France Télévisions. A titre
d’exemple, dans le traitement du conflit israélo-palestinien, la ligne
éditoriale est toute tracée, et nombre de journalistes refusent catégoriquement
de qualifier Jérusalem de capitale d’Israël", rapporte la même source
journalistique.
Elle
ajoute, décrivant l’ambiance dans les cours de justice : "les dossiers
pour plaintes contre les actes antijuifs se retrouvent régulièrement en-dessous
de la pile à traiter ; les demandeurs doivent chaque fois insister lourdement
pour que leur plainte soit jugée recevable".
Journalistes
antisionistes, magistrats, même combat ? L’attitude des syndicats de France
Télévisions relativement à la découverte du "mur des cons" oblige
à y réfléchir.
L’autre raison,
c’est qu’à France 3, Clément Weil-Raynal se trouve dans le collimateur
depuis un certain temps déjà. Parce qu’il n’appartient pas au schéma de la bienpensance ;
parce qu’il s’était opposé au corps journalistique français, lorsqu’il avait
mis en doute la parole de Charles Enderlin en adhérant à la thèse de la Ména
dans l’affaire Dura, la Controverse de Netzarim.
Selon l’enquête
de la Ména, le reportage commenté par le correspondant de France 2,
Charles Enderlin, constituait une mise en scène, et l’enfant présenté comme
mort n’a pas été tué le 30 septembre 2000 au carrefour de Nétzarim. Dans cette
affaire, l’ensemble de la presse française soutient Enderlin, sans avoir jamais
remis en cause ses déclarations contradictoires, en dépit des nombreuses preuves
irréfutables de l’imposture présentées par la Metula News Agency.
L’obligation
d’adhérer publiquement à l’accusation fallacieuse de meurtre rituel portée par
Enderlin-Fr2 contre l’Etat d’Israël est devenue une condition sine qua
none pour qui entend faire carrière dans un media tricolore main stream ;
un examen de passage. Or Weil-Raynal en récuse les fondements de façon active.
Le système de la bienpensance
des journalistes a parfois trouvé son écho jusque dans les plus hautes sphères
du pouvoir. Au cours du procès ayant opposé France 2 et Charles Enderlin
à Philippe Karsenty, accusé d’avoir cité les conclusions de la Ména sur son
site Internet Media-Ratings sans les avoir suffisamment vérifiées, le
président Jacques Chirac et Bertrand Delanoë avaient fait parvenir des lettres
de soutien à Charles Enderlin, louant sa probité. Des lettres que le juge avait
accepté de laisser lire à l’audience. Le même juge et ses assesseurs, qui
avaient ensuite condamné Karsenty, allant à l’encontre du réquisitoire du
parquet qui réclamait sa relaxe.
Il est vrai qu’en
France on n’a jamais bien compris la nécessité démocratique de la séparation
des pouvoirs. Certains des magistrats ayant prononcé ce jugement font-ils
partie du Syndicat de la magistrature ? Voilà une question qu’il faudra
désormais se poser chaque fois qu’une décision sera rendue. En une question,
l’on vient de résumer le malaise réel occasionné par la découverte du "mur
des cons", interrogation que la rédaction de FR 3 ne considère pas
suffisamment importante pour justifier de quelques secondes d’antenne.
Il se dit
également, dans les prétoires du Palais de justice de Paris, que le procureur
était juive. Voici de quoi accentuer mon dérangement personnel.
Clément
Weil-Raynal est intimement mêlé aux procès Dura, car il avait interviewé, dans
le journal communautaire Actualité Juive, le chirurgien Yehuda David. Le
médecin israélien, retrouvé par la Ména au terme d’une enquête de trois ans,
avait opéré en 1994 Jamal Dura, le père supposé de l’enfant donné pour mort par
Enderlin-France 2. Jamal Dura affirmait que les cicatrices qu’il porte
datent de l’incident survenu au carrefour de Netzarim le 30 septembre 2000, ce
que contredit catégoriquement le chirurgien, de même que tous les spécialistes
ayant analysé les cicatrices.
France 3, qui menace Weil-Raynal de mesures
disciplinaires, de même que les syndicats, tentent désormais de régler leurs
comptes avec leur confrère indiscipliné.
Ce dernier a
toutefois commis quelques erreurs dans sa gestion de la vidéo du "mur des
cons", des inattentions qui donnent maintenant du blé à moudre à ses
détracteurs.
Ainsi, ce n’est
pas avec son téléphone personnel qu’il a filmé le "mur", mais avec
l’appareil fourni et payé par France 3. De retour à sa chaîne après le
reportage, il ne parle pas à sa rédaction de la vidéo qu’il vient de tourner.
Prévoyait-il que
son employeur allait protéger le Syndicat de la magistrature et lui refuserait
le sujet, comme cela s’est avéré par la suite ? Weil-Raynal craignait-il
que France 3 lui intime l’ordre de ne faire aucun usage des images qu’il
avait prises avec son matériel ?
Le dilemme existe
quelque part et il est pertinent : d’une part, la preuve de l’existence inadmissible
du mur et la nécessité de diffuser les images, de l’autre, l’exclusivité vis-à-vis
de son employeur, à laquelle un journaliste est tenu.
Entre les deux
obligations, et en considération de la menace pour la démocratie constituée par
la vitrine de portraits affichés au siège du SM, et des légendes qui les
accompagnent, j’aurais sans doute agi de la manière qu’a choisie Clément. Je
crois que tout journaliste digne de ce nom en aurait fait autant.
Dans notre
démarche, l’on ne s’adresse pas, au fond, aux membres d’un syndicat ni même à
son rédacteur en chef, mais notre objectif professionnel suprême consiste à
servir le public en l’informant. Particulièrement lorsqu’il s’agit de faits
exceptionnellement graves qui sont menacés d’occultation. Dans un cas comme
celui-ci, la réponse se trouve dans la nuance et la déontologie.
Dans sa démarche,
Weil-Raynalavait lourdement insisté
afin de réaliser personnellement le sujet pour France 3. Cela attira
l’attention de ses confrères, qui, en regardant de plus près la vidéo diffusée
sur Atlantico reconnurent dans un reflet les visages du caméraman et du
preneur de son qui l’accompagnaient ; les deux s’empressèrent de témoigner
de ce que Clément Weil-Raynal est l’auteur de la vidéo passée anonymement sur
le site d’information.
Sur ce coup Clément
s’est enfoncé, en niant à sa rédaction être l’auteur des images, pour, quelques
jours plus tard, affirmer le contraire, mais cette fois à l’occasion d’un
article paru sur Atlantico.
Le SNJ-CGT,
soutenu par le SNJ, l’accuse aujourd’hui de vol d’images. Pourtant, des
émissions de caméra cachée, s’apparentant à la démarche de Weil-Raynal, sont
diffusées sur France Télévisons, telle "Les Infiltrés",
présentée par Marie Drucker sur France 2. Les syndicats des journalistes
lui reprochent ainsi une pratique qu’ils acceptent par ailleurs.
Je publie cette semaine un nouveau livre1.
Jel'ai
écrit parce que j’estime qu’il en relevait demon devoir et, surtout, poussé par un impératif éthique.
Cela fait des années que je discerne, au sein de l'Europe,
une remontée de la haine antijuive. En réalité, ce renouveau de haine découle
d’un autre fléau : la détestation d’Israël, derrière laquelle se cache une
façon hypocrite et particulièrement vicieuse de contribuer à cette vague antijuive.
Nous atteignons aujourd'hui des degrés de détestation qui auraient semblé
inimaginables voici peu encore.
J'attribue
cette aggravation actuelle en partie à la crise économique et financière dans
laquelle le continent se trouve plongé. Dès lors que cette dernière va
vraisemblablement s'accentuer, je ne suis pas du tout enclin à l'optimisme. Je
pense que l'histoire de l'Europe montre, au contraire, que c’est dans de telles
situations que le Vieux continent se laisse aller à ses plus anciens démons.
En
cause aussi la montée de l'islam en Europe et les facteurs qui y contribuent,
notamment le discours conformiste du « politiquement correct », qui
se fait l'idiot utile collectif de l'islam.
En
outre, l'effondrement politique, économique et culturel du monde musulman, qui
est en train de s'opérer, participe également à ce renouveau de haine antijuive
et anti-israélienne. Dès lors que l'islam ne connaît pas de frontières, cet
effondrement touche les communautés musulmanes partout dans le monde.
Un geste, la même haine raciste,
au-dessus de tous les clivages
Dans
les grands media de toute l'Europe, dans des livres à succès, dans des discours
politiques tenus en Grèce aussi bien qu'en Italie, en Hongrie ou encore en
France et même désormais en Allemagne – où, décidément, les leçons de
l'histoire n'ont pas été apprises -, des propos affleurent, désignant les Juifs
tel qu’ils pouvaient l'être dans les années 1930.
Et
quand il ne s’agit pas des Israélites, c'est l'Etat juif qui fait l'affaire.
La
dissimulation de deux millénaires de haine à l’encontre des Juifs en Europe se mêle
à une ignorance croissante de ce que la civilisation occidentale doit au
judaïsme et à ses adeptes.
Un
ouvrage comme la magnifique Histoire des
Juifs de Paul Johnson (J.C. Lattès, 1989, 681p.) ne pourrait être réédité
aujourd'hui sans susciter des remous, alors qu'un auteur comme Shlomo Sand vole
de succès en succès en crachant un venin nauséabond.
La
falsification de l'histoire du Proche-Orient a désormais pleinement recouvert
l'histoire de la région et s'y est substituée. A tel point que rappeler aujourd’hui
des données élémentaires fait désormais passer celui qui s'y risque pour un partisan
de l'outrance.
Ce
ne sont plus les nostalgiques d'Adolf Hitler ou les partisans d'idées fascistes
que l'on qualifie de doctrinaires d'extrême droite, mais des défenseurs
d'Israël et des dirigeants politiques hébreux.
J'ai
appelé ce nouveau livre L'Etat à l'étoile jaune, car si nul n'envisage
de contraindre les Juifs d'Europe ou d'une autre contrée à afficher ce symbole
sur leurs vêtements, tout se passe comme si certains, de plus en plus en plus
nombreux, cherchaient à coudre une étoile jaune sur le drapeau israélien. Et à
faire rayonner collectivement ce symbole sur tous les Israélites de la planète.
L'étoile
jaune avait été, au temps du Troisième Reich, le signe annonciateur de
l'extermination qui allait suivre.
Des
idées exterminationnistes anti-israéliennes se propagent à la faveur de
l'étoile jaune affublée à Israël. Les Juifs du reste du monde sont incités à se
dissocier de l’Etat hébreu et à montrer qu'ils peuvent se couler dans l'air du
temps, jusqu’à prendre parti contre Israël, eux aussi. Les non-juifs qui osent
défendre Israël ou luttent contre l'antisémitisme et l'antisionisme sont
graduellement traités comme des suspects.
Il
me paraît absolument inadmissible de laisser ce qu’il se passe aujourd'hui
survenir sans piper mot.
J'ose
espérer qu'il reste, chez certaines personnes non-juives, des capacités
d'indignation morale, et que le terme d'indignation n'a pas été totalement vidé
de son sens par feu un vieillard précisément indigne.
J'entends
m'adresser aux non-juifs pour leur rappeler ce qui doit l’être. Je retrace, dans
un premier chapitre, les apports des Israélites et du judaïsme au monde, tout
en exposant la façon dont ces contributions n'ont cessé d'être niées et occultées.
Je
trace ensuite, dans un second chapitre, les faits essentiels concernant
l'histoire d'Israël, tout en explicitant comment la falsification est venue
recouvrir les faits. J'évoque, enfin, l’avenir fécond d'Israël.
A la fin de mon article de jeudi après-midi dernier, "Evolutions",
je rapportais que j’entendais à la fois des vols de chasseurs-bombardiers et de
fortes explosions. Après vérification, il ne s’agissait pas de combats
d’artillerie entre sunnites et alaouites, mais bien de frappes aériennes.
Depuis la rédaction de Métula, on en compta six ou sept. Elles étaient
particulièrement violentes.
Ce matin, des sources proches des renseignements occidentaux, des agences
de presse, des porte-paroles de la rébellion syrienne, ainsi que des fuites en
provenance d’officiels israéliens et américains font état d’un raid aérien d’envergure
sur Damas, aux petites heures de ce dimanche.
Ces informations évoquent deux attaques – ou séries d’attaques -, dont
l’une se serait déroulée vendredi matin, et l’autre, comme nous venons de le mentionner,
aujourd’hui.
A la Ména nous possédons suffisamment de rapports précis pour nous
permettre d’affirmer que si ces deux assauts ont bien eu lieu, il y en eut
d’autres, très récemment, qui sont passés inaperçus aux yeux de la plupart des
commentateurs, à l’exception de quelques officiers de l’ASL [Armée Syrienne
Libre] sur le terrain.
On n’en est peut-être pas au stade d’actions militaires ininterrompues de
la part de Tsahal mais, assurément, de frappes ciblées à répétition. Les objectifs
militaires que poursuivent les pilotes hébreux sont des entrepôts et des cargaisons
de missiles sol-sol iraniens de type Fatah-110 (le victorieux), de quatrième
génération, à destination du Hezbollah au Liban ; des missiles sol-air de
fabrication russe, également destinés à la même milice, des radars antiaériens,
russes aussi, déployés en Syrie ; des centres de stockage d’armes de destruction
massive, et aussi des brigades syriennes spécialisées dans la mise en œuvre des
moyens sol-air, et, finalement, des brigades de Pasdaran, les Gardiens de la Révolution
iraniens.
Ce qu’il est indispensable de noter, d’un strict point de vue stratégique,
est que ces raids n’ont pas grand-chose à voir avec la Guerre Civile syrienne.
Ces opérations sont exclusivement liées à la situation prévalant entre l’Iran
et Israël.
Le
Fatah-110, un missile sol-sol de moyenne portée redoutable
Ici sur
un camion de transport développé en Perse
Tout le monde, dans la région, est conscient qu’une attaque contre les
infrastructures nucléaires perses est prévue par l’état-major de Tsahal entre
la fin juin et le début juillet. La plupart des analystes sont d’avis que si ce
conflit devait se déclencher, la "République" Islamique ne
riposterait pas directement contre l’Etat hébreu, par crainte de voir la confrontation
gagner en intensité sans avoir les moyens de se mesurer efficacement aux ressources
militaires de Jérusalem.
Dans cette situation, Téhéran mise principalement sur l’ouverture d’un
second front à partir du Liban, entre la milice chiite du Hezbollah et Israël.
Mais les hommes de Hassan Nasrallah ne disposent actuellement, en grande
majorité, que de roquettes de courte et de moyenne portée, pas à même d’opposer
un défi crédible à la puissance de feu israélienne.
Certes, le Hezb possède des dizaines de milliers de ces engins rustiques,
mais, comme on l’a remarqué en 2006, même en en tirant un très grand nombre –
on pense que 8000 roquettes avaient été lancées du Liban durant ledit conflit
-, l’étendue des dégâts et le nombre des victimes côté hébreu demeura
négligeable en termes tactiques.
Pour commencer à poser un problème militaire à Tsahal, et justifier ainsi
l’ouverture d’un second front, Nasrallah doit impérativement disposer de deux
choses : des missiles sol-air dotés d’une technologie avancée, capables à
tout le moins de déranger un peu la suprématie absolue de l’aviation adverse,
ainsi que de missiles sol-sol précis et porteurs d’une charge explosive
conséquente.
Ces considérations expliquent les efforts soutenus consentis par l’Iran
dans le but d’acheminer des armes de ces types dans le pays aux cèdres. En
pleine guerre civile syrienne, Téhéran utilise l’aéroport de Damas, même soumis
aux bombardements des forces insurgées, non pas pour renforcer l’armée de
Béchar al Assad, mais pour préparer sa propre guerre éventuelle contre les
Israéliens.
En termes stratégiques plus globaux, cela donne une explication
satisfaisante aux propos tenus mardi dernier par Gaby Ashkenazi [l’ancien chef
d’état-major de Tsahal] à New York : il est dans l’intérêt de Jérusalem de
favoriser la victoire des forces sunnites sur celles du régime actuel.
Plus les al Assad perdront du terrain, plus la capacité des Iraniens à
utiliser la Syrie en qualité de plateforme logistique pour armer le Hezbollah
sera réduite.
L’objectif des Israéliens, en favorisant le transfert du pouvoir à
l’opposition syrienne, consiste, en première finalité, à priver les ayatollahs
de l’opportunité d’ouvrir un second front à partir du Liban.
S’ils en sont empêchés, par des raids aériens et/ou par une perte de l’aéroport
international de Damas, par exemple, le problème tactique de l’Iran face à une
éventuelle attaque israélienne de son industrie nucléaire sera pratiquement
insurmontable.
Une évolution de la situation dans ce sens pourrait, si les dirigeants de
la théocratie chiite agissent dans la logique, les pousser à la transaction
lors de leurs discussions officielles avec les 5+1, et secrètes, en Suisse,
avec les émissaires de Washington.
A propos du Fatah-110, nos lecteurs doivent savoir que, contrairement aux
roquettes actuellement à la disposition du Hezb, privées de moyens de guidage,
il s’agit, dans ce cas, d’une arme efficace et redoutable.
Le Fatah-110-D1, soit la quatrième génération du Fatah 100, datant des
premières années du XXIème siècle, possède l’avantage d’emporter, à
plus de 3 500 km/h, une charge explosive de l’ordre de 250 kilos, sur une distance
maximale de 300 km.
De quoi atteindre pratiquement n’importe quelle cible stratégique en Israël
à partir du Liban et de l’endommager sérieusement. A noter que les Perses
affirment que le Fatah-110 peut emporter jusqu’à 650 kilos de charge utile,
mais les experts occidentaux ne les croient pas. Reste qu’un quart de tonne
d’explosif représente un potentiel destructeur considérable, apte à raser un
bloc d’immeubles dans son entièreté, une base militaire ou une usine.
Cela explique les risques pris par l’armée de l’air à l’étoile bleue dans
le but d’empêcher que ces missiles ne parviennent dans les mains des miliciens
chiites libanais.
Tôt ce matin, c’est une quantité conséquente de ces missiles et de leurs
ogives qui ont été touchés de plein fouet par les salves des F-16 du He’l
Avir. La déflagration impliquant des milliers de kilos de charges hautement
explosives a transformé le ciel de Damas en décor d’apocalypse.
"On aurait dit", confient des témoins oculaires,
"l’explosion d’une bombe atomique. Les flammes s’élevaient à une centaine
de mètres au-dessus du quartier de Jamraya, dans le nord de la capitale
syrienne, et les détonations assourdissantes se succédaient". Sur les
images filmées depuis les avant-postes rebelles, on entendait les combattants
sunnites admirer la scène, en lançant des Allah hou akbar !, Dieu
est grand. [Voir la vidéo de la principale
explosion tournée par les rebelles].
L’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme, l’officine médiatique principale
des rebelles située en Grande-Bretagne, de même que des sources combattantes et
d’autres s’exprimant depuis Beyrouth, ont annoncé que les frappes des
chasseurs-bombardiers ont également visé d’autres dépôts de munitions, des
systèmes antiaériens syriens ainsi que deux bataillons de Pasdaran perses.
En effectuant des recoupements à partir de nos bureaux de Beyrouth et de
Metula, nous sommes d’avis que ces informations sont plausibles.
Sorti du domaine strictement militaire, il est loisible d’observer que ces
frappes aériennes revêtent plusieurs conséquences largement positives pour
Jérusalem. En décidant de se départir de leur neutralité stérile, le
gouvernement et l’establishment de la Défense israéliens sont en train de
briser l’une de leurs plus mauvaises habitudes : jusqu’à présent, ils
remportaient des succès militaires indiscutables mais ne parvenaient pas à les transformer
en résultats positifs sur le plan politique.
A l’occasion de leurs dernières actions, ils se sont mis à inverser la tendance ;
d’abord en renforçant leur capacité de dissuasion démontrée. Car autant les
partisans d’Assad, que les combattants de la rébellion, les miliciens chiites
libanais, les responsables de la "République" Islamique d’Iran, que
les dirigeants et les observateurs avisés du monde arabo-musulmans, vont garder
longtemps en mémoire les images vidéo des explosions gigantesques de ce matin.
Avec un impact sans doute particulier sur les officiers de l’armée
iranienne et sur les mollahs, qui saisissent sans peine que ce que les
appareils israéliens viennent de réaliser à Damas, ils pourront le répéter tout
aussi efficacement dans deux mois sur leur territoire.
Ils savent, entre autres, que les moyens de défense antiaériens dont ils
disposent sont identiques à ceux qui sont déployés en Syrie. Lors, la
supériorité des Hébreux dans le domaine de la guerre électronique est telle, que
la DCA [Défense Contre les Avions] alaouite ignorait jusqu’à la présence des
avions dans son ciel et n’a pas eu la possibilité ne serait-ce que de tenter de
les intercepter.
De ce point de vue, l’on peut conclure que le He’l Avir est
techniquement prêt pour une intervention en Perse, et que ses pilotes, du fait
de leur avancement technologique, ne courent qu’un risque très mesuré en
participant à ces opérations.
L’on peut aussi déduire, comme vient de le faire le major-général à la
retraite Amos Yadlin, ex-chef du renseignement militaire, que "ce que l’on
voit en Syrie démontre un niveau très élevé de renseignement et de performance
militaire". Il est vrai que des pilotes entraînés à atteindre un chef
terroriste à Gaza au milieu d’une foule, avec une précision de l’ordre de
quelques centimètres, n’expérimentent naturellement pas de problèmes lorsqu’il
s’agit de détruire un grand entrepôt.
Tout cela est prédominant du point de vue du moral et de la dissuasion,
mais il y a plus encore. La télévision syrienne a bien fait état du raid de cette
nuit, de même que les porte-paroles du régime, mais ils l’ont fait en s’épargnant
les menaces de représailles qu’ils profèrent ordinairement.
Même les commentaires officiels iraniens sont prudents, soulignant que
l’armée de la théocratie chiite, si elle compte entraîner celle des al Assad,
ne projette pas de se battre à ses côtés contre "l’entité sioniste".
Pour Assad, les termes de l’équation sont simples : toute tentative,
ne serait-ce que symbolique, de riposter militairement contre Israël, se
solderait par un appui accru des Hébreux à son opposition. Jérusalem se trouve
dans une situation confortable, dans laquelle elle peut décider, sans pour cela
employer des moyens démesurés, qui des alaouites ou des sunnites remportera la
guerre civile. Pour Bechar al Assad, défier Tsahal aurait pour conséquence
certaine de se voir renverser de son trône déjà chancelant.
Même incapacité de riposter pour le Hezbollah : en ce dimanche, à Métula
et à Kiryat Shmona, aussi bien qu’à Nahariyya, Haïfa et Afula, l’état d’alerte
n’a pas été décrété et les gens vaquent normalement à leurs occupations
professionnelles.
Ce matin, par mesure de précaution, deux batteries de Dôme de fer ont été
déployées, l’une dans la périphérie de Haïfa, l’autre, dans celle de Safed. Au
sein de l’état-major hébreu, l’on est persuadé que les Iraniens et leurs
substituts chiites libanais ne prendront pas le risque insensé de tirer
quelques-unes de leurs roquettes en direction de la Galilée.
La raison à la clé de leur réflexion consiste en cela que la milice
libanaise se trouve terriblement exposée à d’éventuels raids supplémentaires de
l’aviation bleue et blanche. Le Hezb est traditionnellement une milice agissant
selon les règles de la guérilla ; c’est-à-dire qu’elle se fond parmi la
population et que c’est ainsi qu’elle se préserve des attaques d’un ennemi qui
lui est supérieur dans tous les paramètres de la confrontation.
Mais ces jours, le Hezbollah a été amené à modifier sa tactique, intégrant
ses combattants à l’armée régulière syrienne et aux brigades de Gardiens de la
Révolution. Ses forces n’agissent plus selon les lois de la guérilla mais à
l’instar d’une armée régulière, avec des bases exposées et des voies de
communication connues, ce qui en fait des proies de prédilection pour les
pilotes expérimentés du He’l Avir.
Dans les conditions qui prévalent, le prix à payer par le Hezb pour le tir
de quelques Katiouchas se paierait, pour les supplétifs libanais d’Ahmadinejad,
par des centaines voire des milliers de morts en quelques sorties de l’aviation
israélienne.
Quant à l’Iran, il ne dispose pas des moyens nécessaires afin de se livrer
à une attaque préventive de l’Etat hébreu. Toute offensive de sa part se
solderait par une défaite cuisante, additionnée du transfert à Jérusalem de la
légitimité internationale de s’en prendre à ses infrastructures nucléaires.
Ceci explique la retenue des ayatollahs.
Côté occidental, finalement, dans le camp des démocraties qui aimeraient
bien en faire plus pour aider la rébellion, mais qui craignent de se mouiller
comme en Irak et en Afghanistan, on n’a aucune intention de critiquer les
opérations israéliennes. Au contraire, le Président Barack Obama a déclaré, en
apprenant l’attaque sur Damas, qu’Israël avait "le droit de se protéger
contre le transfert d’armes avancées à destination du Hezbollah".
Dans le même cadre, nous, de relever que ces tentatives iraniennes de
transférer des missiles au Liban violent de manière flagrante la résolution
1701 du Conseil de Sécurité de l’ONU ayant mis un terme à la Deuxième Guerre du
Liban en 2006. Icelle interdit formellement à tout pays de livrer des armes à
toute organisation armée autre que celle dépendant des autorités légitimes de
Beyrouth.
En Europe comme aux Etats-Unis, il semble parfois, à entendre
les commentateurs, que la principale question de politique économique est de
savoir s'il faut continuer une politique "de rigueur" ou
"d'austérité" - c'est-à-dire limiter la dépense publique et la dette
publique -, ou s'il faut, au contraire, engager une politique de
"relance", dans laquelle les Etats accepteraient de s'endetter
davantage et de créer plus de monnaie afin de dépenser plus et soutenir la
croissance.
En Europe, les gouvernements de la France et de l'Allemagne
se sont récemment opposés (par le truchement de hauts personnages qui ne
faisaient pas partie des deux gouvernements, pour éviter un incident
diplomatique trop explicite) sur l'opportunité pour l'Allemagne - première
puissance économique européenne, produisant plus du tiers de la richesse totale
de la zone euro - de relancer la croissance de la zone, en augmentant sa dette
publique et les dépenses de son gouvernement.
La France, qui croule sous la dette, manque cruellement de
recettes fiscales et n'a donc pas les moyens de sa propre politique de relance,
aimerait que l'Allemagne dépense davantage pour soutenir la croissance
française.
Mais l'Allemagne a passé les dix dernières années à améliorer
la gestion de son économie : elle a restreint les déficits, augmenté le temps
de travail et réduit son coût, investi dans la formation des travailleurs et
multiplié les contrats à l'export. Elle ne voit pas l'intérêt de mettre cet
assainissement en péril pour faire plaisir à des voisins incapables des mêmes
efforts.
En plus de ce débat entre les deux premières économies
d'Europe, la Banque Centrale Européenne (BCE) essaie, de son côté, de soutenir
la croissance, en augmentant massivement la quantité de monnaie disponible dans
la zone euro.
La BCE vient de baisser une nouvelle fois, le 2 mai, son taux
directeur - de 0,7% à 0,5% - pour faciliter l'attribution de prêts par les
banques. Elle a perdu depuis longtemps toute discipline dans le choix des
instruments qu'elle demande en contrepartie de ses propres prêts, et accepte de
prêter contre des titres aussi douteux, par exemple, que les "obligations
d'Etat" (garanties par la seule bonne volonté des gouvernements) des pays
en banqueroute du sud du continent.
Aux Etats-Unis, le débat est presque identique.
Après avoir massivement augmenté la dépense publique et les
déficits pendant son premier mandat, l'administration Obama commence - bien
prudemment - à s'engager sur la voie d'une réduction du déficit. Cela pourrait
sembler une mesure de bon sens, au moment alors que les déficits du premier
mandat dépassaient 1 000 milliards de dollars par an, soit plus de 9% de la
richesse totale des Etats-Unis.
Et pourtant, cette prudence très relative provoque la colère
de commentateurs prestigieux - comme le prix Nobel Paul Krugman, qui demande,
semaine après semaine, dans sa chronique du New York Times, que
l'administration Obama (qui porte déjà le poids de la dépense publique et de la
dette les plus élevées, en termes absolus, de l'histoire de l'humanité) passe
enfin à la vitesse supérieure et vise, par exemple, un déficit de 20% de la
richesse américaine.
La banque centrale américaine, ou Federal Reserve, s'est elle
aussi engagée dans une politique de création indéfinie de monnaie, qu'elle appelle
"facilitation quantitative".
Ce débat occidental sur l'austérité et la relance a une bonne
raison d’être : la faiblesse généralisée de la demande dans les économies
d'Europe et des Etats-Unis.
Malgré la fin de la crise financière, qui avait mis un terme
à la croissance occidentale en 2008, les économies occidentales ne parviennent
pas à retrouver le chemin de la croissance. Les entreprises n'investissent
guère, parce que le coût du travail et le poids des impôts et des charges
empêchent la plupart des investissements de devenir rentables.
Les ménages - endettés, trop taxés ou craignant l'avenir - ne
dépensent pas non plus. Comme l'a montré récemment l'économiste Albert Edwards
de SocGen dans le graphique suivant, la conséquence de cette faible demande est
que, malgré l'énorme augmentation de la masse monétaire, l'inflation en Europe
et aux Etats-Unis est, paradoxalement, en train de diminuer au lieu
d'augmenter.
La demande
s'effondre en Europe et aux Etats-Unis (source: SocGen)
Et pourtant, ceux qui pensent qu'il est possible de mettre
fin à cette crise par la dépense publique et la création de monnaie vont à
l'encontre à la fois de leurs propres origines intellectuelles (le
"keynésianisme") et de l'expérience qui montre, sans aucun doute
possible, que ces politiques ne permettent pas d'augmenter la croissance.
Les partisans d'une politique de relance se définissent
eux-mêmes comme "keynésiens". Mais John Maynard Keynes - qu'ils
présentent comme leur maître à penser parce qu'il recommandait une baisse des
taux d'intérêt et une hausse des déficits publics pour sortir de la crise
économique des années 1930 - a toujours rappelé que cette politique ne pouvait
réussir que si, en période de croissance, les Etats engrangeaient des excédents
budgétaires qui permettraient de financer la relance lors des prochaines
récessions.
Faute d'avoir constitué de telles réserves, les politiques
dites "de relance" dont discutent aujourd'hui les nouveaux keynésiens
ne peuvent augmenter l'activité économique dans un secteur qu'en la réduisant
simultanément dans un autre. Pour financer les nouveaux travaux sans avoir
engrangé d'excédents, il faut :
soit augmenter les impôts,
donc priver les contribuables de ressources qu'ils auraient placées dans
l'économie ;
soit augmenter la dette, donc
réduire la croissance future le jour où il faudra rembourser ;
soit, enfin, créer plus de
monnaie pour autant de richesse disponible, ce qui a exactement le même effet
qu'augmenter les impôts. La monnaie nouvellement créée vient financer les
dépenses des Etats pendant que la capacité d'agir des personnes privées est
réduite - non pas par les impôts cette fois, mais par l'inflation.
Si les politiques "de relance" pouvaient réussir, l'Europe
et les Etats-Unis seraient, en ce moment-même, portés par un mouvement enivrant
de croissance économique. Les commentateurs peuvent se plaindre de
l'"austérité", mais celle-ci a été totalement absente des politiques
économiques américaine et européenne des dernières années.
Aux Etats-Unis, la dépense publique a augmenté d'un tiers
entre 2007 et 2012 (de 2 700 à 3 600 milliards de dollars) et la dette fédérale
a presque doublé, passant de 9 000 à 16 000 milliards de dollars. Malgré cela,
la croissance moyenne s'est effondrée, à la fois par rapport aux années 1990,
pendant lesquelles l'Etat américain se désendettait, et relativement à la
présidence Bush, qui a certes connu une augmentation de la dette, mais mieux
maîtrisée (une augmentation de moitié en sept ans contre un quasi-doublement en
cinq). Si la "relance" fonctionnait mieux que
"l'austérité", comment se fait-il alors que la période de plus faible
croissance soit aussi celle de la plus forte dépense publique et des plus
grands déficits ?
La situation est exactement la même en Europe. Plus les
commentateurs se plaignent de prétendues politiques d'austérité, plus l'examen
des chiffres montre, qu'au contraire, les économies européennes ont passé les
dernières années à augmenter la dette publique et la dépense publique - avec,
pour unique résultat, une disparition presque complète de la croissance. Le
blogueur Tyler Durden a récemment résumé l'évolution de la dette publique en
Europe dans le tableau suivant :
Evolution du
poids de la dette publique dans les économies européennes, 2007-2012 (source: Eurostat / Tyler Durden)
Ce lien entre politiques "de relance" et faible
croissance économique - sauf pour les pays très faiblement endettés qui peuvent
se permettre des mesures keynésiennes sans réduire les capacités de financement
du secteur privé - n'a rien de nouveau. Même la plus célèbre des politiques
keynésiennes (celle que le Président Roosevelt avait mise en œuvre aux
Etats-Unis dans les années 1930) avait totalement échoué à mettre fin à la
Grande Dépression ; elle l'a même presque certainement prolongée. Il y a
maintenant vingt ans que l'économie japonaise va de plan de relance en plan de
relance sans voir revenir la croissance.
Pourquoi, dans ces conditions, tant d'hommes politiques et de
commentateurs continuent-ils à réclamer une politique économique qui a prouvé
son inefficacité ?
La raison en est que ceux qui critiquent l'austérité et
exigent la relance cherchent à préserver, non pas la croissance économique,
mais un modèle de société qui serait menacé par une politique de réduction de
la dépense publique et de la dette publique.
Israël est en train de prendre des initiatives
en corollaire de la situation en Syrie, en Iran et au Liban. Il n’est
d’ailleurs plus approprié du tout de ne pas considérer ces dossiers comme
faisant partie de la même problématique et de la même situation conflictuelle.
Les habitants du nord d’Israël
comprendront parfaitement ce dont je parle ; ceux qui ont le sommeil léger
n’auront pas pu fermer l’œil de la nuit de mercredi à jeudi, sans cesse
dérangés par le vrombissement des chasseurs-bombardiers sur leur tête. Des
appareils en route vers le Liban et la Syrie.
Des sources dans ces pays ont fait
état de nombreux simulacres d’attaques par les avions du He’l Avir [Armée
de l’air israélienne]. D’autres, parmi les rebelles qui combattent al Assad,
ont même prétendu que des cibles au sol – des dépôts d’armes non-conventionnelles
– avaient été attaquées voici quelques jours.
Au sol, où Tsahal a déclenché un
exercice-surprise : deux mille réservistes et leurs blindés ont sillonné
les routes et les chemins de Haute-Galilée deux jours durant. En face, les
ennemis des Hébreux ont eu très peur, et Hassan Nasrallah lui-même, intervenant
mardi sur la chaîne TV du Hezbollah, Al Manar (le phare), s’est dit
soulagé en apprenant sur la radio de l’Armée israélienne qu’il ne s’agissait
que d’un entraînement. Le chef de la milice pro-iranienne sait à quel media se
fier.
Sa harangue était retransmise sur
des écrans dans la rue chiite de Beyrouth ; il ne se montre jamais en
public et ne dort jamais deux nuits consécutives au même endroit depuis 2006,
ce qui ne l’empêche pas de clamer souvent qu’Israël ne lui fait pas peur. C’est
tout un paradoxe ou une très grande prudence.
Si Nasrallah, mardi, n’avait pas la mine des bons
jours, c’est qu’il a du souci à se faire. Son organisation est impliquée
jusqu’aux oreilles dans la Guerre Civile syrienne, au cours de laquelle le Hezb
a dernièrement perdu des centaines de combattants. Cette semaine, ce sont deux
responsables militaires de premier rang qui sont tombés sous les balles des
rebelles ; des chefs difficiles à remplacer au sein d’une "grande
petite milice".
Le Sayyed chiite [c’est son titre honorifique] a voulu
faire croire que les bilans élevés des pertes du Hezb étaient faux et
découlaient de la propagande israélienne. Pourtant, Michaël Béhé, notre
correspondant permanent au pays du cèdre, qui s’est rendu sur le théâtre des
combats à la frontière syro-libanaise, a vu de nombreux cercueils se faire
rapatrier pour les inhumations.
A en croire notre camarade, les combats qui se
déroulent dans la région de Qousseir ne sont plus sporadiques. C’est une guerre
ouverte qui s’y déroule, à coups d’échanges d’artillerie et d’affrontements de
fantassins. Il est impossible ailleurs que sur une carte de géographie de
différencier les villages syriens et libanais dans lesquels on se livre
bataille.
"C’est la lutte pour le contrôle de Qom qui se
déroule ici", explique Béhé, "entre les alaouites d’Assad et les
chiites du Hezbollah, d’une part, et les sunnites, de l’autre ; le camp
qui dominera l’axe d’approvisionnement en provenance du Liban finira par
enlever l’ensemble de la ville et de ses environs".
Jamais à une contradiction près, Nasrallah, lors du
même discours télévisé, a déclaré : "Nous sommes fiers des martyrs
qui sont tombés ces dernières semaines et ils nous honorent. Je salue leur
famille". S’ils n’étaient qu’une poignée à avoir perdu la vie, il n’en aurait
rien dit.
Il a également affirmé que ses hommes étaient
capables d’intervenir et de bloquer n’importe quelle attaque israélienne. Mais
là, il rêve éveillé ; son mouvement est empêtré dans le marais syrien, sur
les ordres de Téhéran, et des milliers de ses miliciens vont périr pour
défendre le régime d’al Assad à l’agonie.
Quant aux Hébreux, leurs démonstrations de force ont
pour but de tester et d’user la sérénité des Hezbollani au Liban et des
Gardiens de la révolution khomeyniste qui les encadrent. Car une date a été
déterminée par Binyamin Netanyahu comme étant celle à laquelle les ayatollahs
auront franchi le point de non-retour dans leur quête de l’arme atomique ;
et cette date, c’est juillet prochain.
Tous les collègues analystes avec lesquels j’ai conversé
partagent l’opinion de ceux de la Ména : si aucune ouverture n’est trouvée
lors des négociations secrètes de la dernière chance, qui se déroulent
actuellement à Genève entre Américains et Iraniens [source infaillible], et
même s’ils sont les seuls à en prendre la responsabilité, les Israéliens
attaqueront les infrastructures nucléaires persanes fin juin.
A Washington, sur les bords du Potomac, on entend à
ce propos des opinions diverses : dans l’entourage du Président Obama, on
murmure que les évaluations à propos du stade d’avancement des Perses diffèrent
entre la Maison Blanche et Jérusalem. Au parlement, cependant, on fait passer
une loi promettant à l’Etat hébreu une assistance logistique massive au cas où
il déciderait de s’en prendre à la "République" Islamique.
Il est clair qu’en dépit de ses promesses et des
garanties qu’il a données, Obama n’a pas l’intention de se laisser entraîner
facilement dans de nouveaux conflits, que ce soit en Syrie ou en Iran. Il avait
– sans que personne ne l’en prie – assuré que l’emploi d’armes chimiques dans
la Guerre Civile marquerait le franchissement d’une ligne rouge qui requerrait
une réaction militaire US.
Aujourd’hui, pour ne pas passer pour un parjure, le
président prétend ne pas posséder la preuve formelle que les soldats alaouites
ont fait usages d’armes de cette sorte. De notre rocher de Métula, nous ignorons
quel est le plus grand mal pour l’Amérique, avoir des services de renseignement
qui ne savent pas que l’océan est rempli d’eau ou un président Pinocchio.
Il importe certes de savoir distinguer entre les
grenades et les obus de faible calibre, contenant du gaz sarin, qui ont été
employés par l’armée régulière à deux ou trois reprises, et des missiles ou des
avions, qui pourraient en transporter par centaines de kilos. A notre humble
avis, la cote d’alerte chimique-bactériologique n’a pas été atteinte en Syrie,
même si les développements constatés sont alarmants.
Mais dans l’exécutif à Jérusalem et à la tête de
l’establishment de la défense à Tel-Aviv, on perçoit comme un mauvais signe les
tergiversations sémantiques et les arguties malhabiles du pensionnaire de la
White House. Aussi, on se prépare à agir sans lui, parce qu’ici, il est exclu
de vivre à portée d’un Iran nucléaire.
Et si on montre ses biceps aux chiites et aux
Pasdaran déployés au Liban, c’est parce que l’unique riposte de Téhéran que
l’on envisage sérieusement consisterait dans le déclenchement d’une pluie de
roquettes tirées sur nos agglomérations en provenance du pays aux cèdres.
Tout le monde, dans la région, connaît parfaitement
les tenants et les aboutissants de l’équation Israël-Iran ; à l’instar de
Nasrallah, mardi, qui "conseille" à Israël "de ne rien
entreprendre au Liban, parce que la Résistance est prête, qu’elle a le
doigt sur la gâchette et la capacité de défendre le Liban, sa terre et son
peuple".
A partir d’où, Sayyed, de Qousseir en Syrie ? De
Damas ? La Résistance ? Contre qui ? Pour servir les
intérêts de qui ?
La situation du Hezbollah est encore plus délicate
que ce qu’il paraît dans une analyse à court terme ; à l’horizon, que ce
soit des mains des Hébreux ou de ses frères libanais, c’est la milice chiite
qui va être rayée de la carte.
Soit par Tsahal, si elle tire le moindre projectile
en direction de la Galilée, soit dès le lendemain de la chute de Damas. Les
menaces en ce sens se multiplient au Liban, tant dans les villes qu’au sein des
forces armées. Nasrallah et ses séides ne survivront pas à Assad.
De plus, Israël prend de plus en plus parti en faveur
de l’insurrection syrienne. Pour ne pas gâcher notre plaisir, elle le fait même
avec intelligence, et son soutien n’est pas rejeté par l’ASL [Armée Syrienne
Libre] ni par les Etats sunnites, loin s’en faut. Chez les adversaires des
Assad et de l’Iran dans le monde arabe, on souhaite uniquement que l’apport des
Hébreux demeure discret, pour ne pas enflammer la rue à qui on a appris à les
détester.
Mais on n’a noté aucune déclaration hostile à Israël
dans les rangs de l’opposition syrienne main stream ces derniers
mois ; et le roi de Jordanie n’a ni protesté ni démenti lorsqu’il a été
annoncé qu’il avait octroyé deux couloirs aériens à l’Armée de l’air à l’étoile
de David afin d’espionner, voire de frapper Béchar.
Sur le plan de la rhétorique, Israël a aussi –
enfin !! – commencé à agir. A faire un usage stratégique, sans utiliser la
force, de ses avantages militaire, géographique et économique. C’est l’ancien
commandant en chef de Tsahal, le Lieutenant-général Gabi Ashkenazi qui a été
chargé de la mission ; il a accordé une interview à New York – sa première
hors des frontières nationales – à Christiane Amanpour sur CNN.
Il a d’abord, afin de ne pas approfondir le fossé
avec Barack Obama sur ses terres, répété qu’au sujet de l’Iran, "l’option
militaire constituait le dernier recours", et c’est exactement ce que professe
le président étasunien à la cantonade. Reste à définir quand adviendra le
moment où l’on considérera que l’on a "le couteau sous la gorge". Sur
ce point, la décision reste à Jérusalem.
Gabi
Ashkenazi sur CNN
"Nous
aurions dû aider la Syrie il y a un an"
Et surtout, à propos de la Syrie, Ashkenazi a rompu
le principe de neutralité intravertie et stérile ; un pays comme Israël,
dans sa situation, se doit d’avoir une opinion sur ce qui se déroule à sa
porte. Le général, de lancer, à propos de la guerre civile voisine, que
"l’Occident se doit d’entreprendre quelque chose", et que "ne
rien faire participe assurément d’un message erroné".
Puis de préciser, pour couper définitivement les
jambes au doute, qu’ "il est possible d’aider l’opposition syrienne d’une
manière plus concrète ; comme en lui fournissant des armes afin de l’aider
à renverser le Président syrien Béchar al Assad, ou en imposant une zone
interdite de survol sur au moins une partie de la Syrie".
Mme Amanpour lui a alors posé la question
qui vous brûle probablement les lèvres à ce point de la lecture de l’article :
"La chute d’Assad est-elle dans l’intérêt d’Israël ?".
Dans sa réponse, le général n’a pas fait usage de la
langue de bois, la position de l’Etat hébreu étant dictée non pas par
l’empathie à l’endroit d’un belligérant ou de l’autre, mais par un calcul
d’intérêt abouti.
La première chose – et Ashkenazi ne l’a pas dite –
relève de ce que la victoire de l’insurrection est inéluctable et qu’il est
préférable d’entretenir les meilleures relations possibles avec les vainqueurs
et leurs alliés plutôt qu’avec les vaincus.
Ce qu’il a dit, en revanche, est que le succès de
l’opposition constituera un revers majeur pour l’Iran et le Hezbollah. Que
"la Syrie fait office de plaque tournante logistique pour le Hezbollah, et
que la plupart de l’armement qu’il possède provient des dépôts syriens, tandis
que le financement arrive d’Iran".
Plus simplement encore : "l’Iran perdrait
son seul Etat allié dans la région, son portail sur le monde arabe".
Posé moins diplomatiquement, cela signifie qu’en cas
de chute de la dynastie des al Assad, on se débarrasserait définitivement de
"leur" Syrie et du Hezbollah, et l’on priverait Khamenei de
frontières communes avec Israël. D’un point de vue stratégique, tout cela vaut
son pesant d’or.
Bernard
tenait un journal. La survie de ces pages écrites, hâtivement reliées dans un
cahier, s’inscrit dans l’enchaînement d’une série de coïncidences, de secondes
décisives, marquées par de la présence d’esprit ; de chance, aussi, qui
ont mené ce jeune homme, originaire de Galicie, à traverser, en parvenant à ne
pas mourir, les années de chasse aux Juifs que furent celles de la Seconde Guerre
mondiale en Europe de l’Est.
Przemysl,
Galicie, sud-est de la Pologne, mai 44.
De juillet
jusqu’à février 43, Bernard et deux de ses amis se cachaient dans un bunker
souterrain, habitat de fortune, quoique commodément aménagé, relié à
l’électricité par un poteau avoisinant.
Mais dans
la Pologne officiellement Judenrein (nettoyée des Juifs), des miliciens
ukrainiens, au service du régime nazi, sillonnaient le pays à la recherche de
fugitifs. Dans l’enceinte du village de Przemysl, le regard des deux miliciens
fut attiré par un périmètre assez bien délimité au sol, où la neige avait
fondu. Un phénomène dû à la chaleur d’une activité humaine souterraine.
Découverts,
les trois Juifs entamèrent des négociations éperdues et parvinrent, en dernier
ressort, à soudoyer les Ukrainiens avec leurs maigres possessions, un peu d’argent
et un poste de radio.
Bernard
Repérés,
ils durent ensuite changer sans cesse de cachette, avant de se faire prendre,
trois mois plus tard, par la Gestapo ; ou plutôt, dénoncés à la Gestapo par des
paysans locaux, qui touchaient un kilo de sucre par Juif livré.
Les
Allemands fusillèrent les hommes sur place. Sauf Bernard, dont ils découvrirent
le journal qui retint leur attention. Les écrits alignés sur les quelques pages
du cahier relataient, en polonais, les pensées, les réflexions, autant que le
quotidien du jeune homme de 22 ans. Les SS décidèrent de le faire traduire en
Allemand, emportant son auteur avec eux.
***
Dans le
ghetto de Przemysl, Bernard était une première fois parvenu à sauver sa peau
des engrenages de la machine d’extermination nazie. Grâce à sa mère, tout
d’abord, qui l’avait poussé de force hors du groupe de personnes que les SS
avaient sélectionnées afin d’être dirigées vers Belzec, où elles furent immédiatement
exterminées dès leur arrivée. A la liquidation du ghetto, ensuite, lorsque
Bernard parvint à s’enfuir avec un ami – qu’il conservera d’ailleurs toute sa
vie – par une galerie d’égout.
***
Suite à sa
capture, en mai 44, les agents de la Gestapo traînèrent Bernard, trois semaines
durant, à travers la Pologne, faisant escale dans les nombreuses casernes de
miliciens ukrainiens ; les porte-flingues nazis étaient à la recherche des
deux traîtres qui avaient failli à leur tâche à Przemysl en laissant la vie
sauve aux trois Juifs ; ils avaient pour ordre de les éliminer.
Au détour
de l’une de ces casernes, Bernard reconnaîtra d’ailleurs les miliciens et
réciproquement. Après l’échange d’un regard furtif, et pour cause, personne ne
pipera mot.
Pendant ce
temps, la situation militaire des Allemands s’altérait dans l’est de la
Pologne, de laquelle l’Armée Rouge s’approchait à marche forcée.
Au milieu
de ces voyages, sous la pression des Russes, des nombreuses mutations dans ses
rangs, la Gestapo a oublié que son prisonnier, Bernard, avait été arrêté au
motif de son identité juive. Les Allemands le jetèrent ainsi dans une prison de
Cracovie, Monteloupi, afin qu’il soit jugé.
C’est un tribunal
militaire qui s’en chargea et le condamna à mort sans surprise. Une peine qui
se vit commuée, le lendemain - c’était le 6 juin 44, le jour du débarquement en
Normandie -, en travaux forcés à perpétuité.
***
Bernard fut
envoyé dans le camp de concentration de Mauthausen ; plus précisément dans
un Straf Kommando (section punitive), une sorte de camp de la mort à
l’intérieur du camp de la mort, pendant deux semaines.
Chaque
matin, cent rangées de cinq hommes partaient pour la carrière du camp. Les
gardes les obligeaient à gravir cent quatre-vingt-deux marches, hautes et
irrégulières, menant de la carrière à la crête d’une montagne, portant une
lourde pierre.
A la fin de
la journée, cent rangées de seulement quatre hommes revenaient au camp. Les SS
tuaient et jetaient sur les parois rocheuses des prisonniers au hasard. Celui
qui allait trop vite, trop lentement, qui avait l’air plus fatigué que les
autres. Ayant observé le manège des nazis, Bernard s’attachait à rester le plus
neutre possible, afin de ne pas attirer l’attention.
***
Puis il
connut Amstetten, Melk, et Ebensee, les annexes de Mauthausen. Un quotidien
fait de proximité entre les hommes, d’une existence qui dépend parfois d’une
simple cuillère, d’un rien.
Et survint le
5 mai 1945, lorsque l’Armée américaine libéra le camp, par une journée de
printemps, ensoleillant les Alpes autrichiennes.
Une question qui m'est souvent posée par mes interlocuteurs lors des
conférences que je donne concernant Israël et les Etats-Unis est celle-ci :
comment les Juifs américains peuvent-ils aussi massivement continuer de voter à
gauche, et, tout particulièrement, comment ont-ils pu voter à plus de soixante-dix
pour cent, et deux fois de suite, pour un homme tel que Barack Obama ?
Je réponds chaque fois à cette question en disant que les Juifs
américains pratiquants et fidèles au judaïsme votent Républicain et discernent
que voter Démocrate serait absurde et dangereux, mais que nombre de Juifs
américains ne sont pas pratiquants et plus vraiment fidèles au judaïsme.
J'ajoute en général que les Juifs américains qui ne sont pas pratiquants
et plus vraiment fidèles au judaïsme ont changé de religion sans toujours s'en
apercevoir, et sont passés du judaïsme à la nouvelle religion constituée par la
nébuleuse des idées de la gauche américaine.
Et je conseille la lecture du livre de Norman Podhoretz, Why Jews Are
Liberal (Pourquoi les Juifs sont-ils libéraux). On me répond quelquefois
que les Juifs de gauche américains disentnéanmoins défendre Israël. Je réponds alors que leur façon de défendre
Israël est tellement imprégnée d'illusions délétères, qu'il vaut mieux parfois
avoir affaire à des ennemis déclarés d'Israël plutôt qu'à eux.
Croire ou ne pas croire
J'ai repensé à cette réponse en lisant récemment, le 8 avril dernier
très exactement, une lettre adressée par cent dirigeants juifs américains à
Binyamin Netanyahou. Cette lettre se veut ou se prétend amicale. Elle est
pourtant loin de l'être.
Les dirigeants juifs américains concernés commencent par prendre pour
argent comptant les propos tenus par Barack Obama lors de sa récente visite en
Israël, et, très significativement, ne retiennent que les propos chaleureux
tenus par Obama, et pas du tout les propos négatifs et accusateurs.
Peut-on dire qu'ils n'entendent que ce qu'ils veulent entendre et
deviennent sourds lorsque se trouve énoncé ce qu'ils ne veulent pas entendre ?
Je pense que oui.
Ils continuent en demandant à Israël de faire des sacrifices «
douloureux » au nom de la « paix ». Ils ne demandent, bien sûr, pas le moindre
« sacrifice » à la partie palestinienne, et ils ne se demandent pas non plus
si, quand bien même Israël consentirait aux sacrifices réclamés, des pas vers
la « paix » seraient franchis.
Doit-on en déduire qu'ils demandent à Israël de se sacrifier quand bien
même Israël n'obtiendrait rien en échange, voire moins que rien ? Je pense que
oui, là encore. Et parlent-ils de « paix » en s'aveuglant totalement sur les
propos, les intentions et les actes des ennemis d'Israël ? Je pense que oui,
toujours.
Leur amitié à l’égard d’Israël consiste donc à pratiquer la surdité
sélective et l'aveuglement sélectif, à demander à Israël des gestes dont ils
conviennent eux-mêmes qu'ils seraient « douloureux », mais dont ils ne veulent
pas voir qu'ils seraient des gestes inutiles et suicidaires. Et, finalement,
dès lors que le gouvernement israélien ne vit pas sur les hauteurs éthérées de
Beverly Hills ou dans un loft de la Cinquième avenue, cette amitié consiste à
placer Israël dans son tort, en accusant en filigrane les dirigeants israéliens
de ne jamais en faire assez. Cette attitude sert-elle la délégitimation
d'Israël ? Oui, à l'évidence.
Les dirigeants palestiniens savent que ce type d'attitude sert la
délégitimation d'Israël : ils le savent parce qu'ils ont forgé ce type
d'attitude et utilisent ce qu'ils ont forgé.
La façon de défendre Israël de Juifs tels que les signataires de la
lettre est tellement imprégnée d'illusions délétères, qu'il vaut mieux parfois
avoir affaire à des ennemis déclarés d'Israël plutôt qu'à eux, oui.
A Métula, c’est jour de fête. Dans la capitale israélienne du
hockey sur glace, où se situe l’unique patinoire du pays, on célèbre le titre
mondial que l’équipe nationale a brillamment remporté cette semaine en Turquie.
Ailleurs chez les Hébreux, on ignore tout de l’authentique
exploit de nos hockeyeurs - réalisé devant un public parfois hostile -, puisque
qu’aucun media autre que la Ména n’en a fait état. Sortis du foot et du basket,
disciplines dans lesquelles nous ne brillons pas particulièrement par les temps
qui courent, les confrères soi-disant spécialisés dans le sport n’y entendent
que dalle.
C’est à Izmit, à cent kilomètres environ à l’est d’Istanbul,
que se sont disputés les Championnats du
monde de division II. Ce, au rythme effréné d’une rencontre par jour depuis
dimanche dernier. Lorsque l’on connaît les efforts que ce sport réclame, on
sait toute la résistance dont il fallait faire preuve pour venir à bout des
cinq matches au programme.
Sur le papier, ou plutôt au classement mondial du hockey,
tous les adversaires de la Nivkhéret (la sélection) étaient mieux
classés qu’elle. Mais il en fallait davantage pour décourager nos hockeyeurs,
parmi lesquels pas moins de douze joueurs du Mac Metulla, le champion d’Israël
en titre.
Situation
scabreuse devant le Grand-turc
A ceux-ci s’ajoutaient des garçons des autres clubs du pays,
ainsi que trois des six "mercenaires", les Israéliens expatriés afin
de pratiquer leur sport de prédilection à un niveau plus élevé. L’un d’entre
eux, Oren Eizenman, qui évolue dans la ligue professionnelle nipponne, fut sans
conteste le meilleur joueur du tournoi, avec huit buts marqués. Birbraer, qui
patine aux USA, et Erlich, au Canada, firent également des étincelles.
Trois autres "émigrés", dont Eliezer Sherbatov, qui
porte à l’année les couleurs de Neuilly-sur-Seine, ne sont pas parvenus à se
libérer afin de rejoindre l’équipe nationale. Il faudrait pouvoir compter sur
eux l’an prochain, car Israël est promu dans la catégorie supérieure des championnats
mondiaux, grâce à sa première place, et elle aura affaire à de redoutables
partis.
Il y a déjà matière à se réjouir du bilan de cette escapade
au pays d’Erdogan, puisque la Nivkhéret a gagné quatre de ses cinq rencontres.
Cette après-midi, elle s’est toutefois inclinée face au Mexique, sur le score étriqué
de 4 à 3, à l’issue d’une partie de fort belle facture.
Ce dernier match ne comptait que pour l’honneur, puisque nos
sportifs étaient déjà assurés de la première place avant qu’elle ne débute.
Visiblement fatigués – ce sont de purs amateurs – les patineurs hébreux ont
perdu leurs nerfs lors de la troisième période, qu’ils ont pratiquement
entièrement disputée en infériorité numérique à force de multiplier les
punitions. Jugez plutôt : 36 minutes de pénalités contre uniquement 16 aux
Sud-Américains. Les bleu et blanc se sont ainsi compliqué la vie.
La Nivkheret
marque face à la Nouvelle-Zélande
Auparavant, lors de leur première confrontation, dimanche
dernier, ils avaient dominé la sélection chinoise – tous des professionnels -,
sur la marque de six réussites à trois.
Le lendemain, ils rencontraient les hôtes turcs, au cours d’une
partie tendue, qui reflétait les relations tumultueuses entre les deux nations ;
il fut beaucoup question d’amour propre de part et d’autre de la glace. Et à ce
jeu, après deux premiers tiers disputés, nos garçons passèrent la main pour faire
la décision, sur la marque finale de 5 à 3. En toute fin de rencontre, l’adversaire
manqua de fair-play et déclencha quelques bagarres mais rien de bien méchant.
Mardi, les Hébreux firent encore entendre leur loi, cette
fois-ci aux Néozélandais, lors d’un match longtemps indécis : 3-2.
Et vendredi, ils prirent leur revanche sur les Bulgares, qui
les avaient battus l’an dernier, leur infligeant un sévère 13 à 2.
La glace de la patinoire KKB d’Izmit réussit bien à nos
hockeyeurs, puisqu’en février dernier, la sélection des moins de 18 ans y avait
également décroché la palme mondiale, se défaisant aussi des Turcs en cette
occasion.
Pour les deux pays, Izmit, ce n’est pas uniquement le hockey…
Nombreux sont ceux qui se souviennent du terrible tremblement de terre qui
avait secoué cette région en 1999, faisant quelques dix-sept mille victimes.
Jérusalem avait alors dépêché des centaines de secouristes et
avait déployé un hôpital de campagne, qui demeura actif des semaines après le
séisme. La délégation israélienne a pu se rendre compte que des dizaines de
bâtiments préfabriqués que nous avions construits il y a quatorze ans pour
donner un toit aux sans-abris servent encore.
Priorité au hockey, toutefois. Un sport qui convient à
merveille à l’esprit sabra, avec sa vitesse d’exécution, son engagement
physique et ses tactiques élaborées. Nous y faisons d’ailleurs de gros progrès
malgré le petit nombre de pratiquants au niveau national (moins de 800, y
compris les juniors et les dames).
Phase animée
face aux Chinois
Ce sport convient bien aux Juifs en général, on en a connu de
très bons ; à une époque pas si lointaine, on n’en comptait pas moins de sept
dans l’équipe nationale française. Et à Izmit, il y avait des Israélites
pratiquement dans chaque équipe, à part chez les Chinois, bien entendu.
Averell (pseudo) est un jeune journaliste déjà confirmé,
aussi à l’aise dans l’expression écrite qu’audiovisuelle. Il collabore déjà
depuis plusieurs années et régulièrement avec ses camarades de la Ména. Il s’exprime
également sur les ondes de la radio et a fait ses classes et ses preuves à la
télévision à Tf1 et sur France 2.
Le journalisme est bien plus qu’un métier. On ne quitte pas
sa rédaction le soir, comme on raccroche son bleu de travail au porte-manteau,
sans y penser jusqu’au lendemain. Un journaliste a sans cesse besoin d’être
informé, de s’informer. Pour toujours mieux comprendre le monde qui l’entoure,
et la manière dont il évolue.
Et les vacances n’échappent pas à cette logique. Difficile
d’organiser un séjour « tout compris » dans un centre de vacances d’un pays
ensoleillé, où on vous regarde de travers si vous vous éloignez de plus de 20
mètres de la piscine. Un journaliste est curieux, au bureau comme en vacances.
C’est comme cela que je me suis retrouvé en Iran. C’est à
peine si j’ai choisi la destination, tant elle s’est imposée à moi. Dans mon
métier, j’évoque fréquemment la Perse. Et rarement en des termes élogieux,
actualité internationale oblige. Alors il y a un mois, me rendant compte que je
disposais de jours de congé non utilisés, je n’ai pas mis longtemps à décider
d’aller voir l’envers du décor de cette "république" islamique tant
décriée.
Bien sûr, en une quinzaine de jours, impossible de porter
un avis définitif sur un pays comme l’Iran. A cause de sa taille, pour
commencer, trois fois celle de la France, qui empêche de le parcourir d’un bout
à l’autre en si peu de temps. Mais cela demeure suffisant pour rencontrer des
gens, s’imprégner de l’ambiance, et se faire une idée plus précise de ce qui se
passe là-bas.
L’expression
artistique officielle :
les graffitis
sur les murs de l’ancienne ambassade des Etats-Unis
En Occident, on entend souvent parler de pays exsangue du
fait des sanctions économiques internationales, qui ont pour résultat une inflation
galopante. Pour l’inflation, d’accord : en à peine 10 jours, le cours du rial
au marché noir (le seul utilisé au quotidien) a perdu plus de 8% face à l’euro,
et rien ne laissait présager que la tendance allait s’inverser.
Seule conséquence visible de cette inflation pour un
touriste : l’accès aux monuments historiques est désormais 10, parfois 30 fois
plus cher pour les étrangers (soit 3 euros pour les plus onéreux).
Ce contre quoi les locaux se sont plusieurs fois insurgés
en ma présence, avant de me présenter leurs excuses (expression spontanée de
leur hospitalité légendaire, à maintes reprises vérifiée). Les hôtels n’ont par
contre pas modifié leurs prix, qu’ils calculent toujours en rials, ce qui rend
parfois l’addition finale franchement embarrassante tant elle est basse.
Pour ce qui est du pays exsangue, en revanche, beaucoup
moins d’accord. A se promener dans les villes et les campagnes iraniennes, on
ressent même l’inverse. A Téhéran comme dans d’autres villes, de grands travaux
sont en cours. Des lignes de métro sont en construction pour désengorger les
centres urbains (qui en ont bien besoin) ; le réseau routier ne souffre
aucune critique, le système de transport public intra et inter urbain est
performant, la propreté des rues est irréprochable, et les bâtiments
historiques qui ne sont pas impeccables sont en cours de rénovation.
Cela participe-t-il d’une politique de propagande interne ?
Possible, probable même. Il n’empêche, tous ces éléments mis bout à bout
donnent le sentiment d’un pays « qui tourne ».
Tout au long d’un périple qui m’a mené de Téhéran à Shiraz
[sud-ouest de la Perse, la cité a donné son nom au cépage Syrah en œnologie],
les Iraniens me sont apparus comme un peuple très fier.
Aucune arrogance dans les comportements toutefois, juste la
conscience diffuse d’un héritage glorieux et d’une culture riche, fruit de 3 000
ans d’histoire. C’est probablement cela qui les poussait quasi systématiquement
à me poser cette même première question : « Que pensez-vous de l’Iran ? ». Tout
sauf une simple demande : la réputation d’Etat voyou dont est affublé le pays
agit tel un affront pour la plupart des autochtones.
Cette question essentielle, ils sont des dizaines, jeunes
et beaucoup moins jeunes, à me l’avoir posée après m’avoir abordé spontanément
dans la rue, devant une mosquée ou dans un café. Seul point commun entre toutes
ces personnes, un niveau correct d’anglais, mon farsi se limitant peu ou prou à
« bonjour » et « merci ».
J’avais décidé avant mon départ d’adopter une posture
prudente concernant les questions politiques. Je comptais amener les personnes
que je rencontrerais à aborder en premier ce sujet sensible, car il est
impossible de savoir au premier coup d’œil à qui l’on a affaire. Mais, sur
place, je me suis vite rendu compte que c’était pour cette unique raison qu’on
m’abordait, et surtout, pour m’expliquer à quel point la population rejette le
régime des mollahs.
Toutefois, si l’on me parlait sans retenue, au moment de
nommer Ahmadinejad ou Khamenei, mes interlocuteurs baissaient subitement la
voix, et balayaient du regard l’endroit où nous nous trouvions. Car on ne sait
jamais, ici les murs ont parfois des oreilles. Et malgré le risque que peut
représenter (selon certains de mes interlocuteurs) le simple fait de me parler,
les critiques fusaient et les mollahs en prenaient pour leur grade.
Les jeunes en particulier affichent leur frustration. De ne
pas trouver d’emploi, même précaire, malgré leurs diplômes universitaires. De
ne pas pouvoir voyager, du fait de l’inflation qui rend l’euro et le dollar
virtuellement inaccessibles, mais aussi du fait des restrictions mises en place
par le gouvernement.
Mais avant tout, frustration de ne pas pouvoir s’exprimer.
« Si on n’a pas la liberté, on n’a rien », me disait Massoud, un jeune homme
rencontré à Ispahan, se considérant lui-même chanceux, car il avait réussi à
décrocher un job.
C’est à Ispahan justement que j’ai eu l’occasion de me
rendre compte que ce régime ne s’apparentait pas franchement à une démocratie.
Ville majestueuse et ancienne capitale de l’empire sous la dynastie des
Safavides, elle est traversée par l’imposante rivière Zayandeh.
Sauf que depuis une décennie, pour des raisons apparemment
politiques, l’eau est déviée en amont. Le lit est donc asséché onze mois par
an, et l’eau ne revient que durant un mois, pour remplir le bassin situé en
aval qu’utilisent les agriculteurs pour irriguer leurs terres.
Outre la colère que provoque cette privation arbitraire, au
fil des années, ce retour de l’eau est devenu une célébration en soi. La
nouvelle s’était propagée à la vitesse de l’éclair, et des centaines de jeunes
s’étaient réunis sur et aux alentours du pont principal de la ville. Chants,
danses et feux d’artifice improvisés, tout était en place pour faire de cette
soirée une fête digne de ce nom. Il est vrai que, pour les jeunes Iraniens, les
occasions de se divertir, et à plus forte raison de se regrouper en public, ne
sont pas légions.
Seulement, les autorités ne voient pas d’un bon œil les
rassemblements populaires. Un jeune homme m’avait d’ailleurs interpelé au cours
de la soirée, me lâchant cette phrase laconique avant de continuer son chemin :
« Faites attention, ça commence à devenir politique, ça pourrait être dangereux
».
Et effectivement, une demi-heure plus tard, des dizaines
d’officiers de la police et de l’armée investissaient l’endroit, dispersaient
la foule et procédaient à des arrestations. Pour quel motif ? Je l’ignore.
Selon les personnes que j’ai interrogées, c’est parce que les jeunes en
question écoutaient de la musique interdite, et certains consommaient de
l’alcool.
Aux yeux d’un occidental pourtant, cette soirée se
déroulait d’une manière bon enfant, strictement sans aucun débordement à
déplorer. En quelques minutes, le pont et les berges étaient presque
entièrement désertés, et ils furent fort peu nombreux à effectivement assister
au retour de l’eau tant attendu.
L’importante jeunesse iranienne - 55% de la population est
âgée de moins de 30 ans selon le recensement de 2012, parmi plus de 75 millions
d’habitants - n’est donc pas libre, c’est un fait.
Mais elle trouve malgré tout des échappatoires. Les coins
sombres des nombreux parcs que l’on retrouve dans toute les villes sont un
endroit discret de rendez-vous pour les amoureux, que la témérité pousse à aller
jusqu’à se tenir par la main ; un acte contraire à la loi islamique et qui
vaut régulièrement à de jeunes hommes d’atterrir en prison pour quelques heures
ou plusieurs semaines, la durée du séjour dépendant généralement de leurs
moyens financiers.
Et puis il y a Facebook. Le gouvernement a beau bloquer des
centaines de sites Internet, les Iraniens ont trouvé la parade en installant un
logiciel permettant de contourner l’interdit. Rares sont les Internet-cafés
dans les villes, car de très nombreux jeunes (et pas uniquement les plus
nantis) possèdent un Smartphone, et à la maison un ordinateur doté d’une connexion
au Net.
Grâce aux réseaux sociaux, ils retrouvent sur la toile un
semblant de liberté. Les garçons peuvent discuter avec les filles, qui
s’affichent d’ailleurs souvent sans le hijab sur leur photo de profil.
Face à ce manque flagrant de liberté et à ce ras-le-bol
général, mon reflexe journalistique s’est résumé en une question, posée à
chaque personne rencontrée : Est-ce que quelque chose va changer, une
contre-révolution est-elle envisageable ?
Et toujours, la même réponse fusait : « Islam is everywhere
». Traduisez : les mollahs ont verrouillé le système, il est désormais devenu
impossible de renverser la vapeur. C’est la résignation qui prédomine, les
jeunes préférant consacrer leur énergie à rechercher un boulot, les plus âgés à
conserver leurs acquis et à pourvoir aux besoins de leur famille.
Nous constatons que
l’absence d’un chef d’Etat éclairé à la tête de la République française
entraîne la société, à propos de la loi du mariage pour tous, vers un chahut
dialectique. Une chienlit principalement causée par l’évacuation du débat
serein et démocratique. En lieu et place, florilège d’invectives, de menaces, d’insultes,
de provocations de toutes sortes et de toutes natures.
Il est clair que les
opposants au mariage pour tous ne manifestent pas contre le mariage entre
personnes du même sexe par principe. Le pacs, instauré en 1999 - sous un gouvernement
dirigé par Lionel Jospin - autorisait deux personnes du même sexe à s’unir
administrativement. Nous avons pu observer que la société ne s’est pas écroulée
pour autant. Remarquons également, au passage, que les homosexuels demandeurs de
la loi ont été les moins actifs à l’utiliser. Les hétérosexuels, en revanche, se
précipitèrent sur l’aubaine, évitant de cette manière les lourds débours d’un
mariage.
Nous devons pourtant
savoir que le vacarme autour du mariage homosexuel occulte un grave problème. A
savoir les deux articles concernant l’adoption par des personnes du même sexe
et la création d’un enfant par le moyen de la procréation médicalement
assistée.
Si les enfants avaient la parole
Je n’ai pas
suffisamment étudié la procréation médicalement assistée pour en parler avec pertinence.
Je préfère ainsi circonscrire ma réflexion sur un sujet qui me tient
terriblement à cœur : l’adoption.
Telle que la loi
initiée par Mme Taubira, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, nous est
présentée, l’enfant adopté ou fabriqué tout exprès sur commande d’un couple homo
sera dépouillé des droits fondamentaux qui le protègent depuis la Déclaration
de Genève de 1924, et, plus tard, par la Convention de La Haye du 29 mai 1993.
Globalement que
disent les textes ?
Qu’une famille est
avant tout formée d’une femme et d’un homme. La Déclaration universelle des
Droits de l’homme, édictée en 1948, rappelle que la famille est l’élément
fondamental et naturel de la société.
Si l’enfant ne peut
grandir sous la responsabilité de ses parents et recevoir l’amour auquel il a
droit, il peut alors être confié « à une famille de remplacement ».
Notons avec
impartialité que dans les arguties avancées par les tenants du mariage pour
tous, jamais la présence de l’enfant n’est évoquée ; il a disparu du discours.
Il est gommé !
Ce silence camoufle
une vérité monstrueuse. A l’avenir, avec la loi Taubira, l’enfant n’existera
plus en tant que personne mais uniquement en qualité d’objet. Ce, même si la
comparaison fait grincer les dents. Comment oublier que la déportation des
Juifs et des Tziganes durant la Seconde Guerre mondiale reposait sur le même
concept ?
Suite à l’application
de la loi Taubira, l’enfant qui aura été adopté ou crée tout exprès sera devenu
un individu sans repères, déstructuré, à la recherche d’une norme : familiale
et parentale.
La filiation. D’où
viens-je ? Qui suis-je ? Ce sera une tragédie pour lui, car nous pouvons
imaginer que les couples hétérosexuels n’auront pas disparu. Et que l’enfant
fabriqué pour calmer la névrose de ses « parents » sera rapidement confronté à
une autre vérité. Un autre mode de vie. Une autre norme, à laquelle son
éducation particulière ne lui donnera pas accès.
La différence qu’il
verra au quotidien sera destructrice en ce qui le concerne. Abimé de
l’intérieur, il pourra certes se mêler à n’importe quelle société sur la
planète, c’est l’objectif secret des initiateurs de la loi. Il aura été préparé
à cette fusion. Mais sera-t-il pour autant un homme épanoui s’il ne sait d’où
il vient ?
25 juristes1
internationaux viennent d’adresser un texte à ce sujet aux parlementaires
français afin de les alerter à propos de la situation de l’enfant dans la loi,
et de son absence dans les débats.
Les juristes concluent
de la manière suivante :
« La tentation de la possession d’autrui est une menace récurrente qui
guette la société humaine. Dans l’ordre de la procréation, cette tentation
prend la forme revendicatrice du droit à adopter, du droit à un enfant, du
droit à fabriquer un enfant… L’enfant adopté ne serait plus alors que le simple
objet de substitution auquel un adulte prétendrait avoir droit, alors que, selon
le droit international, c’est une famille de substitution à laquelle il pouvait
prétendre. Si nous commençons à l’admettre, toute l’immonde pelote se déroule
vers le néoesclavagisme. Si les droits de l’homme ignorent ces
aspirations et leur refusent le droit de cité, c’est parce qu’ils trouvent leur
raison commune dans le devoir d’abhorrer toute forme de réification de l’être
humain, forme modernisée de l’esclavage ».
Il est un autre danger
que le brouhaha de la loi nous empêche d’entendre et de saisir sur la portée du
dol à venir : la pédophilie.
Comment la société
s’y prendra-t-elle pour refuser, au nom de l’amour, ce fameux désir amoureux
dont on nous rebat les oreilles en ce moment : les gens qui s’aiment pourront
se marier. Okay, mais je pose à nouveau la question : comment s’y prendra-t-on
pour refuser aux uns, ce que l’on a autorisé à d’autres ?
Depuis des mois, nous
voyons apparaître des revendications de plus en plus fréquentes de pédophiles
réclamant les mêmes droits que les homosexuels. L’étude du CROM2
rapporte qu’« Aux États-Unis et au Canada, les pédomanes (ou pédophiles)
commencent à réclamer un statut similaire à celui des homosexuels.
Ils allèguent que
leur attirance pour les enfants est une orientation sexuelle en soi. Les
opposants aux mœurs homosexuels ont longtemps affirmé qu’une fois
l’homosexualité acceptée comme simple orientation sexuelle, logiquement, plus
rien ne serait interdit.
Les gays se sont
offensés d’une telle proposition, affirmant que cela n’arriverait jamais. Des
psychiatres commencent pourtant à prendre parti pour une nouvelle définition de
la pédophilie, comme ce fut le cas pour l’homosexualité il y a déjà plusieurs
années.
Phénomène marginal
pensez-vous ? Pas si sûr. Il suffit de regarder et de se montrer attentif. Les
pédophiles ont à leur disposition des forums pour s’exprimer sur Internet, des
revues, des associations pour les défendre et pratiquer du lobbying à outrance.
La plus en vue se
trouve au Québec : « Les amis de toutes les minorités sexuelles ». Ses
membres militent pour abaisser la majorité sexuelle à 12 ans. Des juristes, des
politiques et des journalistes leur viennent en aide, se dépensant sans compter
en conseils pour faire aboutir leurs revendications.
D’autres mouvements
travaillent auprès de l’opinion publique pour que les actes pédophiles sur les
enfants soient considérés comme des gestes d’amour.
En Hollande, un parti
pédéraste a vu le jour en 2006 : « Le parti de la Charité, de la Liberté
et de la Diversité ». En dépit de plaintes, la justice n’est pas parvenue à le
dissoudre. Restons au niveau international pour citer le très actif mouvement International
pédophile and Child émancipation (Mouvement pédophile international et pour
l’émancipation de l’enfant).
Plus proche de nous,
en France, le problème de la pédérastie est souvent escamoté, particulièrement
si elle est pratiquée par des politiciens ou des artistes connus.
On se souvient d’un article
particulièrement répugnant, sur Libération, en 1979. Le quotidien
réserva une pleine page à un entretien avec Jacques Dugué. Il avait violé des
enfants ainsi que les siens. Le pédophile affirmait alors « que les lois de
protection des enfants vont contre leurs désirs et font souffrir les adultes ».
Libé le félicita pour sa franchise et son objectivité.
Avez-vous lu dans la
presse française la moindre attaque contre le livre de Frédéric Mitterrand
intitulé « Mauvais sang », dans lequel il raconte sans ambages ses virées
pédophile en Thaïlande ? Il déclara à la télévision au cours d’une émission
dont il était l’invité « Qu’un garçon au-dessus de 14 ans, c’est dégueulasse ».
C’est un gros scoop que nous présentons aujourd’hui aux
lecteurs de la Ména. L’un de nos reporters s’est rendu physiquement – et le
plus officiellement du monde – en "République" Islamique d’Iran.
Il s’est baladé à sa guise et sans jamais être importuné
par les autorités, à Téhéran et dans d’autres régions du pays dominé par les
ayatollahs. Il a rencontré une foule de personnes dans le but de rapporter un
compte-rendu fidèle de cet univers dans lequel les journalistes occidentaux ne
mettent pratiquement plus les pieds.
Nombre d’entre eux, en effet, ont été arrêtés et incarcérés
dans des conditions difficiles sous l’accusation fallacieuse d’espionnage.
Certains avaient même été condamnés à la peine capitale.
Notre reporter relatera prochainement dans ces colonnes les
péripéties de son périple ainsi que les découvertes qu’il a pu faire dans ce
territoire interdit et sévèrement protégé.
Alors que l’on évoque de plus en plus le mois de juin
prochain – si les Iraniens persistent à ne pas prendre les négociations avec
les 5+1 au sérieux – comme date buttoir pour une opération militaire, il
existait un intérêt évident à se rendre sur place afin de tâter l’ambiance qui
prédomine.
Les risques étaient conséquents mais, en se parant des
meilleures précautions possibles, il a été possible de les gérer ; ce,
sans exposer notre camarade plus qu’il ne fallait.
En Iran, dans l’impossibilité de communiquer avec le monde
extérieur en toute sécurité, il a adapté tout seul ses sujets de reportages. Ce
matin, nous vous présentons le plus osé d’entre eux : une incursion en
lisière du complexe de Natanz !
Notre camarade est passé en voiture le long du mur d’enceinte
en terre cachant le site où la théocratie chiite produit l’essentiel de son
uranium enrichi. Il a pris ses clichés à l’arraché, à l’aide d’un simple
téléphone portable.
Le centre d’enrichissement de Natanz et ses milliers de
centrifugeuses se situe dans la province d’Ispahan, à 110km au nord de la ville
du même nom, et à 230km en plein sud de Téhéran.
L’entrée
principale du site de Natanz
Il s’agit
d’une nouvelle construction dont nous ne connaissons pas d’autre image ;
elle
comprend, derrière le parking réservé aux véhicules des ingénieurs et
techniciens,
un
grand bâtiment administratif. Sur l’arche du portique, deux portraits de l’ayatollah
On le sait, le nombre d'actes antisémites en France, l'an dernier, a
connu un très net accroissement, et l'essentiel de cet accroissement a suivi
les assassinats perpétrés par Mohamed Merah à Toulouse, dans l'école Otzar
Hatorah.
Tuer des enfants juifs dans une cour d'école a pétrifié d'horreur de
nombreux Français. Cela a, hélas, aussi empli de joie d'autres gens vivant en
France, qu'ils aient la nationalité française ou non. Et ces gens emplis de
joie ont considéré que ce qu'avait fait Mohamed Merah était un exemple à
suivre. Ils ont, en conséquence, suivi son exemple autant qu'ils le pouvaient.
On le sait aussi, les dirigeants politiques français condamnent
l'antisémitisme, mais ils le font en termes vagues, si vagues qu'on ne sait
jamais très exactement ce qu'ils condamnent, sauf lorsqu'ils parlent de ce qui
s'est passé sous le maréchal Pétain, donc il y a peu ou prou soixante-dix ans.
Et condamner en termes vagues, ou condamner ce qui s'est passé sous le
maréchal Pétain ne permet pas vraiment de lutter contre l'antisémitisme tel
qu'il existe et se dissémine aujourd'hui. Dire qu'il existe un antisémitisme
islamique est plus que jamais politiquement incorrect, et vaut à qui s'y risque
l'accusation de « racisme islamophobe ».
Cela devient une image du
quotidien des Français
Nul ne dira donc que Mohamed Merah avait des motivations islamistes ou,
si c'est dit, ce le sera en passant très vite, et en ajoutant que l' « esprit
islamiste » n'a rien à voir avec l'islam, cela « va de soi ». Et
nul ne dira que ceux que les actes de Mohamed Merah ont empli de joie se trouvent
très largement dans ce qu'il est convenu d'appeler les « banlieues de l'islam
». Je ne le dirai donc pas.
On le sait enfin, tout en condamnant l'antisémitisme en termes vagues,
les dirigeants politiques français font comme s'ils ne voyaient pas la haine du
seul Etat juif sur terre qui est en train de monter dans le pays comme un
cancer en voie de généralisation.
Cette haine atteint pourtant des degrés absolument répugnants. Laisser
de côté le fait que la haine de l'Etat juif imprégnait Mohamed Merah et qu'elle
est tapie derrière l'essentiel des actes antisémites qui se commettent
aujourd'hui en France équivaut à nier l'évidence.
Tout comme laisser de côté le fait que la haine de l'Etat juif qui monte
dans le pays est très largement imprégnée de la vision d'Israël et des Juifs
qui prévaut dans le monde musulman, tout particulièrement depuis qu’y déferle
la vague islamiste.
Laisser de côté que la haine de l'Etat juif atteint gravement la gauche
extrême, qui, emportée par sa détestation des sociétés ouvertes et de la
civilisation occidentale, se fait l'idiote utile de la vague islamiste. Cette
gauche pratique dès lors de l'antisémitisme tout en faisant semblant de ne pas
le savoir, ce qui équivaut à nier l'évidence encore, et d'une manière
particulièrement obscène.
La gauche extrême gravement atteinte courtise ainsi les assassins de
Juifs agissant au nom d'une cause islamique. Et elle en fait même ses idoles.
C'est ce qu'on a observé lorsque la municipalité de Bezons, en banlieue
parisienne, a décerné voici peu le titre de citoyen d'honneur à Majdi Rahima
Rimawi, coupable d'avoir tué le ministre israélien Rehavam Zeevi. C'est ce que
l'on a vu lors des réceptions organisées pour glorifier Salah Hamouri, qui n'a
pas réussi à tuer sa victime (mais qui avait tout fait pour).
C'est ce qu'on a vu cette semaine avec la soirée consacrée, le 17 avril
dernier à Saint Denis, à Amir Jabar Sharif Sawalma et Allam Kaabi (appelés
fraternellement par leurs prénoms sur les tracts et dans les communiqués des
organisateurs), criminels membres du FPLP, l'organisation dont les égorgeurs de
la famille Fogel en 2011 faisaient partie.
Que des êtres abjects tels ceux dont je cite ici le nom puissent être «
honorés » ou glorifiés de quelque façon que ce soit devrait être suffisant pour
montrer qu'il y a quelque chose de profondément pourri en France, et que la
situation atteint un degré qui devrait appeler un sursaut éthique.
Que ces êtres abjects puissent être affublés, comme cela a été le cas à
Saint Denis, le 17 avril, du titre de « prisonniers politiques » constitue un
crachat symbolique sur la notion même de « prisonnier politique ».
C’est une histoire du peuple
juif. Le récit de membres d’une famille, éparpillés à travers le monde, de
destins séparés qui se retrouvent. C’est une histoire d’Israël ; de liens
familiaux primant sur les tensions religieuses et politiques.
C’est une vie de séparation entre
Rishon-LeZion et Nazareth ; d’ignorance de l’existence d’un proche,
portant toute sa vie la croix d’un lien crûment interrompu. Un enfant déposé
sur les marches d’une église, dont une seule lettre du nom, mal transcrite, l’a
confiné derrière un vide impassable.
Sûrement s’étaient-ils croisés
alors qu’ils habitaient, pendant huit ans, le même quartier Alef de Be’er Sheva ; Youssouf
Shoufani, arabe et chrétien, travaillant à l’usine de potasse de la mer Morte,
et son cousin Naaman Belkind, ingénieur en mécanique à la centrale nucléaire de
Dimona, dans le Néguev.
La famille Belkind s’inscrit
parmi les grands architectes d’Israël. Dans la Russie de 1861, naît Israël
Belkind ; il fonde Bilou, un mouvement sioniste dont les principes
sont le renouveau politico-économique national et spirituel du peuple hébreu en
Syrie et en Terre d’Israël, la renaissance de l’hébreu et la réalisation
personnelle.
En 1882, un premier groupe de
quatorze personnes part pour la Palestine. Israël Belkind est l’un des fondateurs
de Rishon-Le Zion, "les premiers à Sion", et le dessinateur (avec
Fanny Meirovitch, jeune pionnière comme lui) du drapeau du futur pays.
Son neveu, Naaman Belkind (oncle
du premier Naaman cité plus haut) est l’un des membres fondateur du Nili.
Ce réseau d’espionnage qui fut constitué dans le but de fournir des
informations aux Britanniques pour les soutenir dans leur combat contre les
Turcs qui occupaient alors la Palestine.
En 1915, en dépit de l’opposition
farouche du Yishouv (le foyer juif de
Palestine avant la création de l’Etat d’Israël), les membres de Nili aident
les Anglais, en tablant qu’à l’issue de la guerre, leur soutien les mènera à
obtenir de ces derniers leur part de la Palestine. Le réseau est cependant découvert
par l’occupant, suite à la capture d’un pigeon voyageur muni d’un message
secret à l’intention des Britanniques.
Naaman Belkind, son frère Eitan
et Yossef Lishansky (d’ailleurs élevé à Métula) sont faits prisonniers par les
Turcs qui les expédient à Damas. Naaman et Yossef y sont pendus sur la place
publique. Eitan parvient quant à lui à s’enfuir durant son transfert vers la
potence et à regagner Rishon-Le Zion. Sa fratrie, originellement composée de
trois filles et de quatre garçons, ainsi que ses parents, accueillent son
retour sans son frère avec des sentiments mitigés.
En 1929, un enfant est déposé sur
les marches d’une église de Nazareth. Le curé l’enregistre sous le nom latin de
Josephum Belkund – ce qu’il lit par erreur sur le billet qui accompagne le bébé
-, et le confie aux soins d’une maîtresse d’école, célibataire et sans enfant.
Le prénom Joseph deviendra
Youssouf en arabe. L’homme fait sa vie, travaille dur pour nourrir ses sept
enfants ; et surtout, ne cesse de porter à l’intérieur de son être la
douleur de l’absence d’une famille à laquelle il se sent appartenir, mais qu’il
ne sait où trouver.
"Un sentiment
tragique", note sa petite fille, Hanan.
Michel, l’oncle de Hanan, le fils
de Youssouf, a les yeux bleus - une caractéristique rare sur les collines de
Galilée connues pour avoir accueilli Jésus Christ - qui lui donnent le
sentiment d’être quelque peu étranger dans sa cité.
Hanan et Michel sont ébranlés en
percevant l’immuable solitude de leur grand-père lorsque celui-ci décide, à
plus de 60 ans, de passer un avis de recherche dans le cadre d’une émission
télévisée.
Pas d’appel, aucune réaction, pas
de réponse aux interrogations de l’orphelin. Youssouf meurt. Inapaisés, Hanan
et Michel entreprennent alors des recherches sérieuses.
La jeune fille aux cheveux blonds
qu’est Hanan fait preuve de perspicacité en supposant que le curé avait pu
faire une erreur en retranscrivant le nom de son grand-père sur l’acte de
naissance. Au lieu de Belkund, ne renvoyant aucun résultat sur Internet, au
hasard, elle tape, dans le moteur de recherche, "Belkind".
Youssouf, à gauche, et son père
Ishaï
Et tombe sur l’histoire de la
famille des pionniers ; scrute leur arbre généalogique, avant de voir
apparaître le portrait craché de son grand-père parmi les visages répertoriés. Il
s’agit d’Ishaï Belkind : la ressemblance est frappante, c’est exactement
le même visage.
Hanan contacte Tamar Eshel,
membre de la famille Belkind, ancienne ambassadrice d’Israël auprès des Nations
Unies et ancienne députée à la Knesset. Socialement, politiquement, l’écart est
immense entre la jeune fille de Nazareth et la figure de proue de l’establishment
israélien. "Moi, arabe, m’adresser à une grande famille
sioniste !" se souvient Hanan. La jeune chrétienne souhaite cependant
rencontrer Tamar ; elle lui explique au téléphone la raison de son appel.
Tamar Eshel, qui n’a jamais entendu
parler de l’existence d’un enfant abandonné dans sa famille, accepte toutefois
de l’écouter et l’invite à la retrouver dans son appartement, sur les hauteurs
de Haïfa.
La jeune femme se rend au
rendez-vous munie de la photographie de son grand-père. Tamar est instantanément
troublée. Elle devine qu’il ne peut s’agir que de l’enfant du cousin de sa
mère, Ishaï. Elle n’ébruite pas encore l’affaire parmi les siens ; Ishaï avait
été marié, mais n’avait pas eu d’enfant de sa femme, stérile.
Tamar s’ouvre discrètement à son
cousin Naaman, (le fils d’Eitan Belkind) ; ils décident que ce dernier et
Michel (le fils de Youssouf) effectueront un test ADN afin d’identifier un
éventuel lien de parenté. L’examen, portant sur le chromosome Y, est confié à
l’un des plus grands laboratoires de génétique américains.
Deux semaines plus tard, Hanan
reçoit un coup de téléphone à six heures du matin. Bouillonnement plus que
surprise : les deux échantillons proviennent, au-delà de tout doute sensé,
à deux membres proches de la même famille !
Tamar Eshel, autant qu’Olga
Alroy, la sœur de Naaman, sont bouleversées à l’idée que cet enfant ait grandi,
abandonné et loin de la famille, sans qu’aucun de ses membres n’en connaisse
l’existence.
Olga affirme, "Si Ishaï
avait su, il l’aurait cherché, il adorait les enfants". Elle sort de ses
placards une photographie de son oncle, celle sur laquelle il apparaît au bras
d’une jolie jeune fille. "C’était un coureur", confie-t-elle.
L’enfant avait-il été conçu avant
ou après le mariage d’Ishaï ? Et qui était la mère ? Ishaï se consacrait
à l’époque à l’apiculture avant de rejoindre sa famille à Rishon et de
s’occuper de l’ouverture de son premier cinéma.
La famille Belkind ne compte que
peu de descendants, se sentant, pour la plupart d’entre eux, oppressés par le
poids de leur identité généalogique. Nili Belkind (prénommée en écho à
l’organisation fondée deux générations avant elle), la fille de Naaman, a même quitté
Israël après son service militaire pour faire sa vie à New York. "Je ne voulais
pas être un drapeau", confie-t-elle.
La bataille fait rage le long de la frontière
syro-libanaise, dans la région de la ville syrienne de Qousseir, ainsi que dans
le village libanais de Qasr et les autres agglomérations chiites alentours.
Ces combats opposent l’ASL (Armée Syrienne Libre), sunnite,
aux forces alaouites loyales à Béchar al Assad et à leur alliée, la milice
chiite libanaise du Hezbollah.
Pour saisir l’intensité des affrontements il n’est que de
mentionner la mort, autour de Qousseir, d’une cinquantaine de Hezbollani durant
les seules journées d’hier et d’avant-hier. De nombreuses dépouilles ont été rapatriées
au pays du cèdre pour y être inhumées.
Nous sommes en présence des affrontements les plus âpres
entre les deux camps depuis au moins un an. L’armée alaouite a fait usage de
son aviation et de son artillerie pour tenter de déloger les rebelles des
positions qu’ils occupent.
Le feu provient également de notre territoire, d’où le Hezb
bombarde l’ALS à l’aide d’obus de mortier. La dernière citée répliquant par des
tirs de roquettes sur les places fortes de la milice, ayant fait plusieurs
morts dans les villages chiites libanais.
Les opérations en cours visent à s’approprier le contrôle
de la route stratégique reliant Beyrouth à Homs. Une grande ville dans laquelle
les rebelles se sont installés et que les hommes d’al Assad tentent de
reprendre.
Or les armes et les munitions des rebelles empruntent l’artère
passant à proximité de Qousseir. Ces dernières semaines, les défenseurs (ASL) de
la province de Homs ont reçu de nouvelles dotations, notamment en provenance du
Liban, ce qui leur avait permis de renforcer leurs positions et d’enlever – ou de
récupérer – le contrôle de villages stratégiques dans la région frontalière.
Comme d’habitude dans ce genre de situations l’armée libanaise
se montre incapable de protéger la souveraineté nationale. Ce qu’elle pourrait
faire en empêchant les tirs sur la Syrie à partir de la région de Qasr et en s’opposant
aux ripostes de l’ASL.
Or ce n’est pas tant que nos soldats ne disposent pas de
moyens de faire leur devoir, c’est qu’en intervenant, l’Armée risque l’implosion,
consistant à voir les militaires chiites prendre parti pour le Hezbollah et les
sunnites pour l’ASL.
La même menace plane au niveau du commandement des unités
et de l’état-major.En se refusant à
intervenir, nos forces armées préservent le symbole de l’unité nationale, l’existence
d’une armée libanaise et, surtout, reculent l’échéance de l’extension du conflit
à notre territoire.
La même divergence existe au sommet de l’Etat ; sur
ordre du Président Souleiman (chrétien) et du 1er ministre
démissionnaire Nagib Mikati (sunnite), le ministère des Affaires Etrangères a
été prié de répertorier les "agressions syriennes" en vue de les
soumettre à la Ligue Arabe.
Adnane Mansour, le ministre des AE démissionnaire, quant à
lui, chiite issu du Hezbollah, a déclaré que c’est contre la Ligue Arabe que
Beyrouth devait déposer un plainte, "afin qu’elle cesse d’armer les
terroristes syriens".
On saisit aisément, à la lecture de ces données, à quel
point notre pays est proche de la guerre civile. Ce qui nous en sépare encore
est que le Hezbollah est trop engagé dans le conflit syrien et que les
indépendantistes du Courant du 14 mars, ainsi que les officiers sympathisants,
chrétiens, sunnites et druzes, préfèrent attendre le dénouement à Damas,
entraînant l’isolement logistique de la milice de Nasrallah, avant d’envisager
un coup de force.
Ceci posé, si les affrontements frontaliers venaient à s’étendre
encore, et avec eux leur cortège de victimes, je ne vois pas comment l’on
parviendrait à empêcher qu’ils ne gagnent l’ensemble de notre pays.
Dans ce climat extrêmement tendu, un homme, Tammam Salam,
désigné par la présidence, tente de former un gouvernement apolitique. Un
cabinet d’experts, dont la mission se limiterait à préparer les prochaines
élections générales tout en assurant les devoirs minimums de l’Etat.
Vu l’atmosphère qui prévaut et
l’antagonisme déclaré du Courant du 8 mars – les chiites et tous les
prosyriens, pro-iraniens – l’initiative de M. Salam, au nom prémonitoire,
semble, à tout le moins, complètement décalée.
Au Sud, tandis qu’Israël
célèbre sous la pluie son 65ème anniversaire, me camarades de Métula
sont parvenus [hier soir, lundi. Ndlr.] à photographier un important incendie à
six kilomètres de chez eux.
En surplomb du Litani, dans une zone à forte
implantation du Hezbollah
On distingue sur ces clichés
exclusifs ce qui s’apparente en tous points à l’explosion d’un bunker abritant
des munitions du Hezbollah. Ce qui concourt à étayer cette hypothèse est la
région de l’incident, le volume important de fumée dégagée, sa couleur, la base
très vaste du sinistre (environ 300-400m2), ainsi que la
répétitivité des explosions, ces derniers mois, dans les entrepôts de la milice
chiite au Liban-sud.
Thomas
Sowell, "Intellectuals and Race", Basic Books, 2013
A bientôt quatre-vingt-trois ans, le professeur Thomas
Sowell, dont j'avais analysé le précédent livre dans ces colonnes il y a trois
ans, continue à mériter sa place d'intellectuel le plus respecté et le plus
impressionnant de la droite américaine.
Son dernier livre est court (184 pages), mais présente une
analyse nouvelle et très convaincante du problème qui mine le plus profondément
la société américaine : celui des relations entre groupes ethniques ou, pour
utiliser la terminologie des Américains eux-mêmes, entre "races".
La thèse de Sowell est que la bonne compréhension du
problème racial aux Etats-Unis a été rendue impossible, pendant tout un
"long vingtième siècle" qui commence vers la fin du dix-neuvième
siècle et n'est toujours pas terminé, par le fait que les intellectuels qui
définissent les termes du débat ont toujours refusé de lui appliquer les
méthodes scientifiques fondamentales de l'observation et de l'analyse.
Au lieu de cela, les intellectuels spécialisés dans la
question raciale ont toujours cherché une explication simple leur permettrait
de se présenter eux-mêmes comme des êtres supérieurs, dignes de donner des
instructions au reste de la société.
Jusqu'aux années 1930 environ, la plupart des intellectuels
américains affirmaient que les différences de performance entre les groupes -
que ce soit face aux études, au travail, dans les tests d'intelligence etc. -
étaient dues à une inégalité génétique fondamentale entre les races. Ceux qui
refusaient d'admettre ces conclusions étaient ridiculisés comme des
"sentimentaux", des esprits aveuglés par la religion, qui refusaient
de se plier à l'évidence de la science.
De nombreux intellectuels appelaient à tirer les
conclusions logiques de l'inégalité génétique qu'ils croyaient avoir démontrée,
en empêchant les "races inférieures" de se multiplier et de diminuer
le niveau moyen de la société. Les appels à la stérilisation forcée, voire à
l'infanticide, étaient monnaie courante dans le débat intellectuel de la première
moitié du siècle dernier sous le nom d'"eugénisme".
Les intellectuels qui tenaient ce langage n'étaient pas des
marginaux : ils comptaient parmi les esprits les plus éminents de leur époque.
Au Royaume-Uni, John Maynard Keynes, H.G. Wells et George
Bernard Shaw firent partie des fondateurs de la Société d'Eugénisme de
Cambridge.
Aux Etats-Unis, les eugénistes comptaient parmi leurs rangs
Richard Ely, fondateur de l'association américaine d'économie ; le professeur
Henry Seager, de l'université de Columbia, président de la même association ;
et Edward Ross, l'un des fondateurs de la profession de sociologue en Amérique.
Ces grands esprits n'étaient pas des réactionnaires ; bien
au contraire. La plupart des principaux eugénistes se positionnait clairement à
gauche et étaient engagés en faveur des causes progressistes.
Ainsi, Madison Grant, l'auteur d'un livre appelé "La
disparition de la grande race", qu'Hitler appelait "ma bible",
consacrait à la protection de l'environnement le temps qu'il ne consacrait pas
à appeler à l'infanticide des bébés "sud-Européens".
Edward Ross fut président de l'American Civil Liberties
Union (l’union américaine des libertés civiles), qui reste jusqu'à
aujourd'hui l'un des groupes les plus importants pour la défense des libertés
publiques.
Richard Ely a laissé de nombreux articles en faveur des
syndicats, de la nationalisation des services publics, de la réduction du temps
de travail et de l'augmentation des impôts sur l'héritage et sur le revenu.
Et pourtant, ces grands esprits de gauche, qui prétendaient
s'appuyer sur des résultats scientifiques, faisaient des erreurs de raisonnement
sommaires, qu'un minimum de méthode intellectuelle suffit pour démonter
entièrement.
Il était parfaitement exact que les différents groupes
ethniques avaient (et ont encore) des résultats statistiquement différents face
aux tests de QI, aux diplômes et à la réussite professionnelle. Mais, comme
l'indique Thomas Sowell dans son premier chapitre, ces différences ont une
série d'explications qui n'ont rien à voir avec la génétique. Les cultures
d'origine étaient en effet fondamentalement différentes.
Les peuples de l'Ouest de l'Europe portaient avec eux le
bagage d'une longue tradition culturelle ; pour ceux de l'Est, cette tradition
était plus récente et plus pauvre.
Les Juifs encourageaient la lecture et l'étude ; d'autres
groupes les dévalorisaient. Les Italiens bénéficiaient de familles stables et
solides qui soutenaient l'individu ; d'autres groupes souffraient de taux
élevés de divorce, d'abandon et d'alcoolisme.
Certains groupes ethniques se transmettaient les secrets
professionnels de métiers qu'ils avaient appris à maîtriser mieux que les
autres. D'autres groupes mettaient un frein à leur propre succès en entretenant
des préjugés culturels contre le travail des femmes ou contre le travail manuel
; ou, comme les Indiens, en assignant à chacun à sa naissance une place sociale
qu'il est censé ne jamais quitter.
Non seulement ces écarts culturels suffisent largement pour
expliquer les écarts statistiques que les eugénistes cherchaient à attribuer à
la génétique, mais une analyse des données des eugénistes elles-mêmes aurait pu
suffire à déconsidérer l'explication génétique.
Ainsi les résultats des tests de QI au début du siècle
placent les Italiens et Grecs nettement plus bas que les Norvégiens ou les
Anglais ; mais la composition génétique des populations n'avait pas
significativement changé depuis que les premiers construisaient le Colisée et
le Parthénon pendant que les seconds vivaient des vies de brutes dans leurs
marécages.
De plus, alors que les Noirs avaient en moyenne un QI plus
bas que les Blancs, les Noirs du Nord des Etats-Unis (libres depuis plus
longtemps, minoritaires et bien intégrés dans la société blanche) avaient un QI
supérieur en moyenne aux Blancs du Sud.
Le professeur
Thomas Sowell : sans doute le meilleur esprit des Etats-Unis
Comment se fait-il que des faiblesses aussi évidentes de la
théorie eugénique n'aient pas suffi pour faire taire les "esprits
supérieurs" qui s'en faisaient les propagateurs ? Pour Thomas Sowell, cela
s'explique par le fait que les intellectuels, lorsqu'ils parlent des questions
raciales, s'intéressent moins à l'analyse précise des phénomènes qu'à créer un
climat dans lequel ils sont eux-mêmes en position de donner des leçons à toute
la société.
Analyser les causes des écarts dans les tests
d'intelligence aurait été un travail fastidieux et complexe, qui ne mettait pas
les intellectuels particulièrement en valeur. Au contraire, réduire ces causes
à une seule (l'inégalité génétique) et appeler, au nom de l'eugénisme, à
l'élimination des races inférieures - c'était flatter le narcissisme des
intellectuels en faisant d'eux l'avant-garde du progrès de l'humanité. C'était
leur donner le droit d'interpeller les gouvernements et les peuples et de
morigéner comme "sentimentaux" ceux qui ne les écoutaient pas.
C'était, aussi et surtout, leur donner la plus profonde des
satisfactions narcissiques : celle de voir le pouvoir se soumettre aux
suggestions des intellectuels et adopter leurs recommandations. Ainsi, le
président progressiste Woodrow Wilson (lui aussi professeur d'université)
introduisit, après son élection en 1912, la ségrégation raciale dans les
administrations fédérales où elles n'existaient pas auparavant. En Europe,
comme on sait, les principes eugéniques firent d'autres émules, plus extrêmes.
L'holocauste mit fin à la mode intellectuelle de
l'eugénisme, qui avait déjà été affaiblie avant-guerre par diverses réfutations
scientifiques, comme celle de Franz Boas à l'Université de Columbia.
En revanche, elle ne changea rien à l'ambition des
intellectuels à se poser en donneurs de leçons sur la question raciale. Ayant
dû renoncer à l'explication génétique des différences de résultats entre
groupes ethnique, les intellectuels américains se rabattirent sur une autre
explication simpliste, aussi manifestement fausse que la précédente et aussi
facile à réfuter, mais qui leur donnait là encore un rôle flatteur. Il fut
décrété que toutes les différences de résultats entre groupes ethniques étaient
le résultat du "racisme" du groupe dominant.
Le livre qui marque ce revirement est celui de l'économiste
Gunnar Myrdal, Un dilemme américain (1944). Myrdal décrit l'échec
relatif des Noirs dans la société américaine comme "le problème des
Blancs", qui ne peut s'expliquer par "aucune particularité chez les
Noirs eux-mêmes".
A cette affirmation de principe, Sowell veut opposer une
méthode plus scientifique. Il ne nie pas que le racisme et l'héritage de
l'esclavage (jusqu'en 1864), puis de la ségrégation raciale (démantelée environ
un siècle plus tard), puissent jouer un rôle dans la condition des Noirs
contemporains ; mais il demande que l'existence de ce rôle ne soit pas
simplement assumée, mais démontrée par l'observation et la logique après
l'avoir confrontée empiriquement à d'autres hypothèses.
Or, il y a autant d'obstacles à l'hypothèse d'une
explication unique par le racisme qu'il y en a à l'hypothèse d'une explication
unique par les gènes.
Ainsi, les phénomènes de ségrégation de l'habitat entre
Noirs et Blancs ont connu plusieurs phases d'amélioration et d'aggravation. A
la fin du dix-neuvième siècle, on avait commencé à observer une déségrégation
dans les Etats du Nord ; puis les deux populations se sont à nouveau séparées
après la migration vers le Nord de nombreux Noirs du Sud. Si le racisme blanc
est l'explication de la ségrégation, ce racisme connaît-il de tels
aller-retour, et pourquoi ?
La désagrégation des communautés noires dans les quartiers
pauvres - augmentation de la délinquance, explosion du chômage, baisse du
niveau moyen d'éducation, quasi-disparition du mariage et des familles à deux
parents, émeutes conduisant les entreprises à fuir les quartiers noirs - s'est
produite, non à l'époque des lois racistes, mais après leur abrogation. Si le racisme
était responsable de ces misères, il faudrait en conclure qu'il y a plus de
racisme aujourd'hui qu'à l'époque de la ségrégation ; ce que personne ne croit,
y compris les intellectuels accusateurs.
Les phénomènes que les intellectuels d'aujourd'hui expliquent
par le racisme épargnent des segments entiers de la population noire. Il n'y a
aucune différence de résultats scolaires ou de comportement, par exemple, entre
les enfants des militaires américains noirs postés à l'étranger et leurs
camarades blancs. Les enfants noirs élevés par des couples mariés et stables et
qui disent avoir été entourés de livres en grandissant ont, eux aussi, les
mêmes résultats que les enfants blancs élevés dans les mêmes conditions. Par
quel miracle le racisme blanc les épargnerait-il ?
Enfin, l'effondrement social de la population noire et
pauvre depuis 1960 présente exactement les mêmes symptômes que ceux du
prolétariat blanc britannique à la même époque : fin du mariage et des couples
stables, baisse du niveau éducatif, augmentation de la délinquance et des
drogues. Puisque le racisme ne peut pas expliquer cette dégénérescence, il
n'est peut-être pas non plus le meilleur outil pour comprendre celle des Noirs
d'Amérique.
Il y a, en revanche, un point commun aux Noirs américains
et au prolétariat blanc britannique depuis cinquante ans : ces deux populations
ont toutes deux été imprégnées d'une culture du ressentiment, créée par des
intellectuels qui leur ont expliqué que leurs malheurs étaient entièrement dus
au groupe dominant - les Blancs en Amérique, les classes moyennes au
Royaume-Uni.
Je n'attendais
rien de John Kerry. Il n'a cessé d'incarner, à mes yeux, l’aveugle naïveté de
la gauche américaine tout au long de sa carrière politique. John Kerry,
secrétaire d'Etat de l'administration Obama II, montre à quel point j'avais
raison de ne rien attendre de lui, sinon beaucoup plus d'inepties que chez
Hillary Clinton, qui avait pourtant été très performante de ce côté là.
Après avoir déclaré
que sa priorité revenait à la lutte contre le réchauffement global, et sans
doute désireux de se tenir éloigné autant que possible des vagues de froid successives
qui frappent les Etats-Unis (les adeptes de la sophistique façon GIEC, le
groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, me diront que
le climat n'est pas la météo, je sais), il s'est découvert une autre
priorité : la « paix au Proche-Orient » et la résolution du
conflit israélo-arabe.
Pour répondre à
cette priorité, il n'a pas hésité à organiser deux tournées de visites en
quinze jours dans ladite région.
Ses propos ont, chaque
fois, ressemblé lamentablement à de pâles décalques de ceux que Jimmy Carter,
de piètre mémoire, a pu tenir au fil des ans depuis qu'il a quitté la Maison Blanche.
Les 8 et 9 avril
derniers, les propos en question ont été particulièrement transparents. John
Kerry, à Ramallah, puis à Jérusalem, s'est dit imprégné d'un « sentiment
d'urgence ». Et il a ajouté être persuadé, bien sûr (qui aurait pu en
douter ?), que cette urgence demeurait la « paix au Proche-Orient »,
qu'il a définie comme la « clé de la paix » dans toute la région, et
comme le seul moyen de faire reculer « l'extrémisme » et le
terrorisme.
Il aurait été
passionnant qu’il daigne développer son raisonnement !
John Kerry ici avec Fayyad, le seul dirigeant fiable de l’Autorité
Palestinienne
Oui mais Salam Fayyad vient d’être écarté de la direction de l’AP
Je pense n'avoir
aucune chance d'éloigner John Kerry du recours au plagiat des positions de
Jimmy Carter, et aucune chance non plus de l'écarter de la niaiserie aveugle
dans laquelle il baigne depuis si longtemps.
Je n'ignore pas
qu'il parle et voyage sur l'ordre de l'adepte sournois du plan de paix
saoudien, alias Barack Obama, mais si je pouvais m’entretenir avec le
secrétaire d’Etat US, je lui ferais quelques suggestions.
Je lui dirais
d'abord que, s'il veut parler d'urgence, il devrait plutôt regarder du coté de
Téhéran et s'épargner de déclarer (car il l'a dit aussi) qu'une solution
diplomatique est possible dans le dossier du nucléaire iranien. Le programme
nucléaire déployé sous l'égide d'Ali Khamenei et de Mahmoud Ahmadinejad mérite
qu'on s'y intéresse, tout comme leurs diatribes.
Et je préciserais
que, si en se penchant sur ce programme nucléaire on ne se trouve pas saisi
d'un sentiment d'urgence, et que si en écoutant les discours des ayatollahs, on
ne discerne pas que l'objectif de ces derniers n'est pas exactement la
« paix au Proche-Orient » et dans la région, ainsi que le recul
de l'extrémisme et du terrorisme, on est sans doute pire qu'un idiot
aveugle. Pire qu’une décalcomanie de Jimmy Carter. Autrement dit, quelqu’un qui
ne comprend rien à la conjoncture prédominante.
J’expliquerais ensuite
à M. Kerry, que s'il pense que l'Autorité Palestinienne veut la « paix au
Proche-Orient », il devrait se demander quelle est la « paix »
qu’elle poursuit, et si elle serait à même de faire reculer l'extrémisme et le
terrorisme.
Il devrait, pour
comprendre et trouver la réponse, écouter davantage Mahmoud Abbas lorsqu’il évoque
Israël et lorsqu'il parle des « martyrs ». Si, ce faisant, il
découvre autre chose qu'une paix qui coïnciderait avec l'anéantissement
d'Israël et un encouragement à l'extrémisme et au terrorisme, c'est qu'il est
indubitablement un inconscient.
Je suggèrerais au
secrétaire d’Etat américain, par la même occasion, puisqu'il est passé par la
Turquie et y a déclaré qu'Erdogan pouvait contribuer utilement au
« processus de paix », de se pencher sur les mots du premier ministre
turc, notamment lorsqu’il clame que « le sionisme est un crime contre
l'humanité », ou sur ses autres envolées faisant l'apologie du Hamas.
Je le sommerais de
jeter un œil aux cartes de géographie utilisées par l'Autorité Palestinienne et
de me montrer où il discerne la moindre mention d'un Etat appelé Israël. Il
devrait également relire les discours récents de Mahmoud Abbas, dans lesquels
celui-ci s'autorise à citer élogieusement Amin al-Husseini, ancien mufti de
Jérusalem, ami d'Adolf Hitler et chantre de la solution finale au temps
d'Auschwitz.
J'évoquerais avec
M. Kerry les rues et les places de Ramallah portant le nom de gens aussi
charmants que Dalal Moghrabi, l'auteur de l'assassinat de trente-huit
Israéliens en 1978.
Je pourrais, hélas,
allonger la liste qui disqualifie objectivement l’approche de Kerry quasiment à
l'infini.
Je sais que je ne
parlerai jamais à John Kerry. Et même si, d'aventure, cela survenait, il ne
m'écouterait pas et n'admettrait pas que je lui dise son fait.
Qu'on me permette
au moins, dans ces conditions, d'écrire que les voyages et les propos de John
Kerry ne trompent personne, sinon lui-même, peut-être.
Comme toute la
gauche américaine, il se refuse à se confronter à la vague islamiste et ce
qu’il reste du « nationalisme arabe », et se refuse donc à regarder
l'antisémitisme musulman en face, préférant mettre Israël dans son tort.
De grosses failles – bien plus que des divergences – se
sont révélées cette semaine dans les rangs de l’opposition syrienne. Elles
couvaient depuis longtemps, désormais elles sont étalées au grand jour. Si,
pour le moment et face à al Assad, l’ennemi commun, on ne s’attend pas à une
implosion immédiate de l’insurrection, il est clair que le compte-à-rebours
d’une prolongation de la guerre civile est enclenché.
Car les objectifs des uns et des autres ne sont pas
conciliables. De plus, les combattants sur le terrain et leurs leaders ne sont
pas maîtres de leurs décisions. Tous servent des grands projets antinomiques
divisant tout le monde arabo-musulman et découlant d’interprétations
centenaires des textes sacrés de l’islam.
Inutile de demeurer plus longtemps dans le langage abstrait
et de parler anonymement des protagonistes, tant les choses sont simples et
tranchées.
D’un côté, l’opposition syrienne main stream, avec son chef
issu du plus grand consensus possible entre les nombreuses composantes de la
fronde anti-alaouite, Ahmad Moaz al-Khatib. Et ce plus grand dénominateur
commun n’est encore qu’une façade, destinée à donner le change à l’étranger et
à dispenser, sur le plan domestique, une fragile impression d’unité.
Un
groupe d’insurgés. Les bons ou les brutes ?
Il serait toutefois étonnant, qu’à l’aboutissement de la
révolution, al-Khatib devienne président de Syrie. Même si ce chef est
islamiste – il prêchait le vendredi dans les mosquées -, il se veut ennemi
d’al-Qaëda et de ses protégés, qui font le coup de feu contre l’Armée
loyaliste, les mercenaires d’Allah du front djihadiste al-Nosra.
Ces derniers, provenant de multiples pays étrangers, y
compris la France, la Belgique et la Suisse, viennent de prêter ouvertement
allégeance au successeur de Bin Laden, Ayman el-Zawahiri. Ils combattent pour
un objectif unique : l’islamisation de la planète.
De cette finalité, ils ne font guère mystère ; elle
apparaît d’ailleurs sur quantité de sites islamistes sur le Net sous la forme
d’une harangue de Zawahiri à ses miliciens : "Déployez vos efforts
afin que le fruit de votre Djihad soit – inch Allah ! – l’instauration d’un
Etat islamique-djihadiste basé sur la charia (…) une étape sur le chemin du
rétablissement du califat islamique".
Répondant lui aussi sur les réseaux sociaux, al-Khatib
affirme que cette pensée "ne nous convient pas", et le chef de
l’opposition invite du même coup les révolutionnaires "à adopter une
position claire à ce sujet". Il a également rejeté la tutelle d’al-Qaëda
sur "n’importe quel groupe révolutionnaire syrien", tout en
reconnaissant le rôle prépondérant que jouent les brigades internationales du djihadisme
al-Nosra dans la bataille, qui bénéficient, selon al-Khatib, de financements
occultes provenant de l’étranger.
Les origines de ces fonds sont cependant connues, elles se
situent au sein de gouvernements limitrophes ou régionaux, à l’instar de
l’Arabie Saoudite, mais aussi de pays se définissant comme professant un islam
modéré, tels la Turquie, le Qatar et d’autres Emirats du Golfe. Tous des
régimes se prétendant aussi alliés de l’Occident.
Le financement d’al-Nosra par ces entités est conditionné,
d’une part, par leur haine du chiisme et de l’Iran, de l’autre, par leur
conviction que seuls des guerriers impitoyables ivres des incantations du
Prophète sont capables de détrôner al Assad et les déviants de la religion sacrée
qui l’entourent et qu’ils abhorrent littéralement.
Au niveau de l’efficacité, on ne peut pas leur donner tort,
car les 20 000 brigadistes d’al-Nosra sont à la clé de tous les succès
significatifs remportés sur les troupes de Damas. Du Kurdistan syrien, à
l’extrême nord-est, aux provinces du Golan-sud, aux confins d’Israël et de la
Jordanie, en passant par la frontière turque et les grandes villes d’Alep et
Homs, à proximité de notre frontière.
Mais ces victoires sont acquises au prix d’une sauvagerie
difficilement imaginable, en pratiquant sur l’ennemi des exactions dépassant
les siennes ; en ayant recours aux massacres de sang-froid, aux dépens des
non-sunnites qui ont le malheur de leur tomber sous la main, des Kurdes, des Druzes,
des chrétiens, pour ne citer qu’eux, sans oublier, évidemment, les civils
alaouites et chiites.
C’est en constatant ce modus operandi des affiliés
d’al-Qaëda, ainsi que la place grandissante qu’ils occupent dans les rangs de
l’insurrection, que l’Occident a décidé de ne pas envoyer d’armes lourdes à
l’opposition syrienne.
Et la gêne, en Occident, dépasse le seul aspect militaire
pour concerner les bailleurs de fonds. En France, par exemple, on commence à se
poser des questions embarrassantes au sujet des acquisitions par le Qatar de
fleurons nationaux de l’économie et du sport, tels le PSG, 1,03 pourcent de LVMH,
ou des centaines d’autres entreprises dont on ne parle pas dans la presse et,
plus récemment, le magasin Le Printemps.
Certes, les finances de l’Hexagone sont au plus mal et
éloignent les investisseurs traditionnels, mais ne serait-on pas en train de
céder des parts du patrimoine à des potentats djihadistes ? A l’avenir, le
prix politique que les Français pourraient avoir à payer à des rois arabes
détestant leurs principes civilisationnels ne sera-t-il pas exorbitant ?
Car au-delà des considérants pratiques que j’ai déjà
mentionnés, le doute persiste quant aux intentions profondes des Erdogan, des
Emirs et des rois du pétrole. Sont-ils effectivement des "islamistes
modérés", ou sont-ils des fondamentalistes qui utilisent des subterfuges afin
d’étendre l’emprise de leur vision du monde à grands coups de
pétrodollars ?
Ce dont les Libanais peuvent témoigner, eux qui les
fréquentent depuis très longtemps, est que ces nantis sont arrogants,
conscients de leur pouvoir, dénués de commisération, ambitieux, et aussi,
qu’ils se prennent tous pour des envoyés privilégiés d’Allah, individuellement
chargés par lui d’effectuer de grandes œuvres.
Il est déjà difficile pour Paris, sur le plan de la logique
simple, d’expliquer aux Français pourquoi ils guerroient au Mali contre les
islamistes et, simultanément, cèdent à leurs sponsors des parts conséquentes de
leur patrimoine.
Les principaux laissés pour compte, au milieu de ces
étranges équations qui les dépassent, sont les autres composantes de la révolte
syrienne, notamment ceux qui sont authentiquement démocratiques, à l’image des Comités
Locaux de Coordination.
Ces LCC, pour Local
Coordination Committees, forment
également l’une des composantes principales de l’insurrection syrienne. Leurs
sponsors ne sont pas les mêmes que ceux d’al-Nosra ; les fonds étrangers
qui les soutiennent proviennent des Etats-Unis et de Grande-Bretagne. De plus,
d’après Hussein H, notre informateur privilégié à Amman, des formateurs de ces
pays entraîneraient les combattants des LCC en Jordanie et leur fourniraient du
matériel. Le but évident des anglo-saxons : ne pas laisser les djihadistes
faire main basse sur les ruines de l’empire des al Assad.
La réponse que les Comités adressent à el-Zawahiri
et aussi à al-Khatib, qu’ils jugent insuffisamment précis est la
suivante : "Nous condamnons cette flagrante immixtion d’al-Qaëda dans
les affaires internes syriennes, et affirmons que les Syriens seront seuls à
décider de l’avenir de leur pays".
Cette réaction définit l’objectif des LCC dans un
communiqué, que je choisis de transcrire en entier tant son contenu diffère de
celui d’al-Qaëda : "La révolution a été lancée pour instaurer la
liberté, la justice, de même qu’un Etat pluraliste et civil. Notre rêve, après
le renversement du régime fasciste est d’établir un régime articulé sur les
libertés publiques, les droits de l’homme et l’égalité politique entre les
citoyens. Nous voulons", annoncent les LCC, "une république dont tous
les membres jouiront des mêmes droits et des mêmes devoirs sur le principe de
la citoyenneté. Personne ne pourra s’en prendre à un citoyen en raison de sa
religion, de sa confession ou de son ethnie", ponctue le communiqué de
cette organisation.
Mais comment aider les LCC à déposer Assad sans prendre le
risque qu’ils soient ensuite écartés des affaires par al-Nosra ? C’est
l’équation pour l’instant sans réponse sur laquelle planchent les analystes
stratégiques des pays industrialisés. Tout en gardant en mémoire que, chaque
jour que la guerre civile se prolonge, le cortège des morts et des blessés grossit,
de même que le nombre des atrocités.
Le Secrétaire d’Etat américain, John Kerry,
déploie ces jours une intense activité diplomatique pour tenter de ramener
Palestiniens et Israéliens à la table de négociation. Mais le ministre
américain, en dépit de toute sa bonne volonté, n’est pas parvenu à rendre
l’optimisme à ses interlocuteurs
Après en avoir discuté avec le 1er
ministre Binyamin Netanyahu, Kerry a proposé à Ramallah une série de mesures
économiques et politiques afin de convaincre les dirigeants de l’Autorité de
participer à nouveau au processus en vue du solutionnement pacifique du
différend.
Avec le soutien du Président Obama, les
Etats-Unis ont déjà obtenu de Mahmoud Abbas et de Salam Fayyad - souffrant et
récemment hospitalisé quelques jours durant – que l’AP abandonne son exigence
d’un gel complet des implantations, y compris à Jérusalem-est, pour entrer en
matière.
Ramallah accepterait un gel partiel, qui
durerait le temps de la négociation. Les responsables palestiniens ont modifié
cette approche à la demande de Washington, qui leur avait signifié que si cette
condition était maintenue, les pourparlers n’avaient aucune chance de
reprendre.
Les Etats-Unis avaient fait remarquer à
Mahmoud Abbas que s’il ne faisait pas montre de souplesse sur ce point, l’AP
passerait aux yeux du monde industrialisé pour le responsable principal du
statu quo.
Argument encore plus convaincant : faute
de l’abandon de cette position, l’Administration US avait informé les
Palestiniens qu’elle ne s’impliquerait pas dans la réactivation de ses efforts
diplomatiques pour mettre un terme à l’absence de dialogue qui prévaut depuis
quatre ans maintenant. Précisément depuis la minute à laquelle M. Netanyahu est
redevenu 1er ministre de l’Etat hébreu.
John Kerry va
bientôt s’apercevoir, comme beaucoup d’autres avant lui,
qu’il est plus
facile de mettre au point le mouvement perpétuel que
de faire la paix
entre Abbas et Netanyahu
En revanche, Barack Obama était venu à la
Moukata et à Bethlehem leur promettre, qu’en cas d’abandon de cette précondition,
lui et son gouvernement s’investiraient à nouveau dans la poursuite d’une
solution.
Abbas avait demandé si cela inclurait des
pressions économiques et politiques sur Jérusalem, ce à quoi le pensionnaire de
la Maison Blanche avait répondu par la négative. Il avait argué qu’il avait
déjà tenté cette méthode et qu’elle avait eu plus d’effets négatifs que
positifs, participant à raidir la position du cabinet en place en Israël, et à augmenter
sa popularité auprès du public.
De plus, les analyses expertes de mes
camarades de l’agence ont démontré que l’unique superpuissance restante se
trouvait désormais dans une phase de désengagement des conflits du monde, et,
qu’à ce titre et vu la situation prévalant au Proche et au Moyen-Orient, il
était dans son intérêt de conserver les meilleurs rapports possibles avec
l’Etat hébreu.
Ces commentaires très réalistes du numéro 1
mondial avaient provoqué une sévère déception parmi son auditoire
palestinien ; les observateurs avaient noté, à ce sujet, les visages
fermés de nos dirigeants durant les cérémonies officielles, qui prirent un caractère
purement protocolaire.
Pour ne rien arranger à la lourdeur de
l’ambiance, la fanfare de la police palestinienne à Bethlehem avait massacré
l’hymne US, et certains diplomates redoutaient qu’elle ne l’eût fait exprès ou
même sur ordre.
D’expérience, je suis toutefois en mesure de
rassurer leurs doutes : cet orchestre est médiocre et corrompu et il
égratigne tous les morceaux qu’il interprète.
Après avoir écouté les propos de M. Obama, il
importait à la direction de l’AP de se hâter de définir une nouvelle ligne
stratégique ainsi que des tactiques adaptées. Ce qu’elle s’empressa de faire.
A Ramallah, on commença par envoyer des barons
du Fath’ expliquer à la presse étrangère qu’une libéralisation de la
circulation des personnes et des marchandises en Cisjordanie c’était bien, et
qu’on ne cracherait pas sur la libération par Israël de quelques prisonniers.
On a d’ailleurs tendu à John Kerry une liste de cent vingt et une personnes
détenues par les Hébreux depuis avant le processus d’Oslo.
Que tout cela était positif, particulièrement
au vu de l’état calamiteux de nos finances, mais en soulignant que le problème
à régler était de nature politique et non économique.
Sur le plan tactique, le Président Abbas a
demandé qu’avant la reprise des contacts directs, Netanyahu lui transmette une
carte mentionnant les frontières – même approximatives – du futur Etat
palestinien.
Parfaitement au courant du fait que cette
nouvelle condition serait rejetée à Jérusalem, l’AP a décidé de ne pas
abandonner l’idée que seules des pressions énergiques en provenance des rives
du Potomac pouvaient obliger les Israéliens à négocier sérieusement.
On a également réalisé que si la requête était
uniquement adressée à Washington par l’AP, elle manquerait cruellement de poids,
alors que si elle se transformait en requête renouvelée de l’ensemble du monde
arabe, elle avait des chances de porter ses fruits.
La stratégie consiste ainsi à obliger les
Américains à adopter l’Initiative saoudienne comme fondement des négociations à
venir. Un plan proposé au printemps 2009 par le futur roi Abdullah ibn Abd al-Aziz
al-Sa'ud, qui provisionne, en résumé, une reconnaissance de l’Etat d’Israël par
l’ensemble des pays de la Ligue Arabe, en échange d’un retrait des Hébreux sur
la ligne frontière avec la Jordanie, d’avant la Guerre des Six Jours.
Abbas se trouve actuellement
au Qatar, où il expose l’état des discussions au comité ad hoc de la Ligue. Fin
avril, une délégation ministérielle de cette organisation se rendra à
Washington afin de tenter de convaincre l’Administration d’adopter l’initiative
– et de l’imposer à Netanyahu – en tant que base de travail pour d’éventuelles
nouvelles négociations directes.
Autant dire qu’après les
mises au point de Barack Obama à Ramallah, les chances d’aboutir de cette
démarche sont ténues, voire inexistantes. Car à Jérusalem, M. Netanyahu,
connaissant de la réorientation de la politique US globale, ne sera pas tenté
par l’Initiative arabe.
Il a déjà fait savoir, qu’à
son sens, les pourparlers devaient d’abord se pencher sur les questions
attenantes à la "reconnaissance" et à la "sécurité".
Par
"reconnaissance" – et il s’agit d’une nouvelle condition qui
n’existait pas jusqu’à la fin 2009, date de la cessation des négociations
directes – le 1er ministre entend la "reconnaissance du
caractère juif de l’Etat d’Israël".
A Ramallah, on pense que
l’adversaire use d’un stratagème destiné à faire reculer aux calendes grecques
l’échéance d’un accord. On prétend aussi qu’il n’appartient ni à l’AP, pas plus
qu’au monde arabe, de déterminer les critères d’Israël, et enfin, on est
persuadé qu’une acceptation de ce principe, de la part des Palestiniens,
contribuerait à fragiliser le statut des Israéliens arabes, qui constituent
près de vingt pourcent des quelques huit millions d’Israéliens [16% de musulmans,
2% de chrétiens et 1,5% de Druzes].
A Jérusalem même, tout le
monde n’est pas convaincu de la vacuité des considérations palestiniennes. Des
proches de la ministre de la Justice, Mme Tsipi Livni, sont ainsi d’avis que
l’Etat hébreu pourrait renoncer à cette demande en échange d’un retour à la
table de négociation.
Ce qui n’est guère du goût
de Naftali Bennet et de sa Maison juive, bien décidés à s’opposer par
tous les moyens à la création de notre Etat, y compris en plombant les
pourparlers.
Certes Binyamin Netanyahu a
déclaré à des confrères, en présence de John Kerry, qu’il est "déterminé
pas uniquement à réactiver le processus de paix avec les Palestiniens, mais
aussi à consentir à de sérieux efforts afin d’en terminer avec ce conflit une
fois pour toutes", mais on reste confiné dans la sphère rhétorique.
Parce que le leader
israélien ne produit aucun plan pouvant conduire au solutionnement du différend,
à l’instar des partis membres de sa coalition.
Quant à Yaïr Lapid et
surtout Tsipi Livni, ils savent pertinemment où se trouve la clé pour débloquer
la situation. Elle est dans l’armoire où Livni l’a laissée en janvier 2010,
juste avant de transmettre le témoin au Likoud et à Netanyahu.
Seule la décision de
reprendre les négociations qui avaient été abandonnées à cette période là où on
les avait laissées en plan présenterait une opportunité réelle de parvenir à un
compromis signifiant la fin de la controverse israélo-palestinienne, et,
partant, israélo-arabe.
Nous partageons la profonde tristesse des familles de notre camarade
sociétaire de la Ména Guy Millière, qui vient de perdre sa mère, et de notre confrère
Nicolas Burgy, de la télévision suisse romande, qui a perdu son père, lui aussi
journaliste politique sur la même chaîne et ardent défenseur des droits
d’Israël et du peuple juif.
Vos amis de toute l’équipe de la Ména participent à votre douleur et
vous souhaitent de ne plus jamais connaître le deuil et le malheur.
Les coptes sont de plus en plus
inquiets quant à leur avenir en Egypte. Dimanche dernier, des heurts
confessionnels entre chrétiens et musulmans ont éclaté au Caire, faisant deux
morts et quatre-vingt-six blessés.
Plusieurs milliers de coptes
s’étaient rassemblés dans l’après-midi de dimanche à la cathédrale Saint-Marc,
dans le quartier d’Abbassyé, pour célébrer les obsèques de quatre membres de
leur communauté. Ceux-ci avaient péri vendredi lors d’affrontements
interconfessionnels précédents dans le gouvernorat de Qalyubiya, au nord du Caire.
Selon des coptes présents
dimanche à la cathédrale Saint-Marc, après la procession du cortège funéraire
dans l’église, des dizaines de jeunes chrétiens avaient projeté de marcher en
direction du ministère de la Défense. Leur objectif, demander que l’armée œuvre
à la défense de leur communauté. Dans le même temps, des participants au
cortège scandaient des slogans contre le pouvoir de Morsi.
Avant que le groupe constitué ne
se mette en route, les manifestants ont été attaqués à coups de cocktails
Molotov. Les auteurs de cette agression ont été formellement identifiés comme étant
des sympathisants des Frères Musulmans.
Des musulmans à l’assaut de
Saint-Marc et de ses occupants, dimanche
On distingue des policiers dans la
foule
Devant l’assaut qu’ils
subissaient, de nombreux chrétiens se sont réfugiés à l’intérieur de la
cathédrale. S’ensuivirent des échanges de projectiles par-delà les murs de la
bâtisse, dont les portes furent enfoncées.
Au milieu de cette scène, la
police, qui lançait elle aussi, aux côtés des émeutiers musulmans, des gaz
lacrymogènes sur l’édifice et les chrétiens.
Les violences se sont poursuivies
tard dans la nuit ; lundi, la situation s’est finalement calmée.
Suite à cet incident, le
Président Morsi s’est adressé au patriarche des coptes orthodoxes d’Egypte,
Tawadros II, lui exprimant ses condoléances et affirmant qu’une enquête avait
été ouverte.
Le ministère de l’Intérieur avait
quant à lui commencé par affirmer que les heurts avaient été provoqués par les
participants aux funérailles ; qu’ils avaient endommagé des voitures à la
sortie de l’église, ce qui aurait fait réagir les habitants du quartier. Ce qui
est évidemment totalement infondé.
Les réactions à chaud du
ministère de l’Intérieur ainsi que des forces de police met en exergue la
situation de détresse dans laquelle se trouvent les coptes ; un état de
faiblesse dénué de soutien face à la majorité musulmane et ses éléments de plus
en plus radicaux.
L’écrivain égyptien musulman Alaa
el Aswany, dont les livres ont été diffusés en français par les éditions Actes
Sud (entre autres L’immeuble Yacoubian, 2006, J’aurais voulu être
égyptien, 2009, Chroniques égyptiennes, 2011), détaille longuement
les difficultés auxquelles sont exposés les coptes dans un article, publié le 7
janvier, dernier dans le quotidien égyptien indépendant Al-Masry Al-Youm (l’Egyptien aujourd’hui).
Outre les discriminations
socioprofessionnelles que les coptes sont forcés d’affronter dans leur pays, à
en croire el Aswany, les chrétiens d’Egypte ne bénéficient pas d’une pleine liberté
de culte. Des inégalités qui se traduisent également par des actes violents.
El Aswany rapporte qu’être
chrétien, en Egypte, signifie "vivre dans le danger d’être chassé à tout
moment de son quartier". Que des petites querelles locales ou un différend
commercial peuvent rapidement se transformer en guerre de religion.
Il établit que la simple construction
d’une église représente, pour les extrémistes musulmans, une offense "dans
leur honneur et leur foi", qui les pousse à l’attaquer ou à la brûler.
Quant à celui qui se convertit au
christianisme, il risque sa vie ; les islamistes s’attelant à l’éliminer
"par devoir religieux".
El Aswany poursuit son exposé en
insistant sur le fait que les pouvoirs publics ont conçu un système qui ne
protège pas la minorité chrétienne contre ces agressions. Comme on le constate
souvent, et notamment durant le pogrome de la cathédrale Saint-Marc, les forces
de l’ordre du gouvernement islamisant n’hésitent pas, au contraire, à
participer au lynchage des chrétiens.
D’une part, la police, plutôt que
d’intervenir lorsque nécessaire, préfère conseiller aux coptes de s’éloigner
momentanément et d’attendre que les tensions se calment. De l’autre, la justice
adhère à cette tendance : face aux plaintes, les assaillants s’en sortent
avec des peines légères ou sont acquittés. En revanche, pour un chrétien,
critiquer la religion de la majorité peut entraîner plusieurs années de prison.
Alaa el Aswany rappelle toutefois
que pour un extrémiste, il existe une dizaine d’autres Egyptiens tolérants,
souffrant autant que les chrétiens de la présence des éléments radicaux
offensifs.
Suite à l’incident de ce
dimanche, les représentants coptes ont réagi en soulignant ces discriminations
ainsi que les dangers qu’elles impliquent pour leur communauté.
L’évêque des jeunes coptes
orthodoxes, Anba Moussa, a remarqué que les forces de sécurité n’étaient pas intervenues
de manière appropriée et avaient failli à empêcher les assaillants d’attaquer
l’église. Il a en outre déclaré que ces mêmes forces s’étaient rangées du côté
des "agitateurs des Frères Musulmans" en lançant des gaz dans les
locaux de la cathédrale.
Des hauts représentants de
l’église égyptienne ont quant à eux appelé à la destitution de Morsi. Ils ont
publiquement souhaité la fin du règne des Frères Musulmans. Les responsables
chrétiens accusent la fratrie de prendre le contrôle des institutions d’Etat -
ce qui mène, selon eux, à la désintégration du tissu social et au défaut de
sécurité dans le pays. Les mêmes prêtres, de noter que ce sont les coptes qui paient
en premier lieu les conséquences de cette islamisation de l’Etat.
C’est le dernier jour du
mois de mars, le printemps s’est installé sur Tel-Aviv, où, non loin de la mer,
derrière quelques arbres en fleurs, la crème des musiciens classiques du pays
se retrouvent pour répéter. Dans les couloirs de la résidence de l’Orchestre
Philarmonique d’Israël, les notes, les sons et les phrases mélodieuses se
baladent dans l’air.
L’animation se ressent dans
les pas de chacun de ceux qui déambulent dans le bâtiment, dans une dynamique
contenue, efficace et maîtrisée, se laissant porter par un rythme fluide. Une
vapeur se dégage de la salle de répétition et se répand aux trois étages, celle
de la concentration des joueurs d’instruments à cordes et à vents, canalisés
par le Maestro Zubin Mehta.
Zubin Mehta, dirigeant ses
musiciens, sa baguette en mouvement ; un instant à l’observer suffit à
ressentir l’envergure du personnage. L’un des plus renommés chefs d’orchestre
de musique classique de son temps, le maestro a été nommé, en 1981, le chef
d’orchestre à vie de l’IPO (Israel
Philarmonique Orchestra), l’orchestre philarmonique d’Israël.
Clair, ample et généreux
Le tempo s’accélère pendant
les quelques semaines de la présence du maestro en Israël, qui réside
aujourd’hui à Los Angeles. Ce matin, la musique raisonne au son de la fidélité
des générations.
Comme au temps de East meets west (l’Orient rencontre l’Occident), lorsque Yehudi
Menuhin accordait son violon au sitar du musicien et compositeur indien Ravi
Shankar, les instruments classiques de l’IPO accueillent la fille de l’artiste
indien, décédé en décembre dernier, la délicate Anoushka Shankar et son
cithare, pour un mariage captivant des sonorités et des cultures.
Il se dégage de l’être Zubin
Mehta un charisme, une clarté, une évidence, qui amènent immédiatement à se
positionner à sa propre place. Le flou n’entrera pas dans l’échange qui va se dérouler
ces prochaines minutes. Polie, souriante, rassemblant mes charmes autant que
possible, je tente d’ouvrir la porte de l’univers du maestro.
Israël n’est encore qu’une
adolescente lorsque son orchestre philarmonique rencontre le virtuose pour la
première fois. 1961, le jeune Mehta dirige l’IPO en qualité de chef remplaçant.
"Ce fut l’amour au premier regard", se rappelle-t-il. "Quelque
chose a fonctionné". En 1969, il prend la direction de l’orchestre hébreu.
"Les musiciens m’ont
accepté les bras grands ouverts, et j’ai fait de même avec eux". Une
interaction qui s’est mutée en une "amitié profondément enracinée",
selon les termes du maître ; qui poursuit : "Récemment, nous
avons joué le morceau que nous avions représenté la première fois. Ce fut un
instant particulièrement émouvant pour moi".
Au fil des jours, des répétitions, des réalisations,
des obstacles, "depuis la rencontre jusqu’à hier, ce fut un processus
d’évolution" ; le chef et son orchestre de cœur se sont construits et
ont grandi ensemble.
Zubin Mehta a conduit de
nombreux autres orchestres philarmoniques dans différents pays au cours de sa
vie, à Montréal, Los Angeles, New York ou Vienne. Cependant, c’est à Tel-Aviv
qu’il a tissé les liens les plus solides. "Je me sens proche des
Israéliens et de l’IPO en particulier".
Une connivence saluée par
Shimon Peres, qui lui a conféré, l’année dernière, la médaille présidentielle
de distinction (équivalent israélien de la légion d’honneur). Le président
avait alors déclaré, à l’attention du maestro : "Vous êtes un
architecte de la culture d’Israël et un vecteur de son espoir".
Lorsque je lui remémore ces paroles, je décèle la
fierté et la satisfaction qu’elles lui procurent. Ici, Zubin Mehta est chez
lui. Ce lien privilégié qu’il entretient avec Israël ne l’empêche toutefois pas
d’exprimer son désaccord avec les politiques du gouvernement actuel.
"C’est une démocratie", reconnaît-il.
En glissant sur le sujet de la paix, du conflit entre
Israéliens et Palestiniens, Zubin Mehta s’anime. Ce chapitre lui tient
particulièrement à cœur. Il a d’ailleurs crée une organisation destinée à
enseigner la musique aux Arabes israéliens, et donne, quand cela lui est
possible, des concerts rassemblant musiciens juifs et arabes, à Saint Jean
d’Acre, par exemple. Cependant, la lucidité prédomine chez cet homme : "ces
rapprochements n’influent pas sur la situation d’ensemble".
Une petite esclaffe lui échappe quand je lui demande
- candidement - quelles sont, selon lui, les principales barrières à la
réconciliation entre les deux peuples. "Le manque de confiance
réciproque", établit-il. Continuant : "ainsi que la présence, des
deux côtés, d’éléments radicaux, qui ne souhaitent pas vivre ensemble". Il
détaille : "Certains, parmi les deux peuples, le veulent. D’autres
non ; et sans une envie de vivre côte à côte, rien n’est possible. La paix
pourrait être simple…".
Absorbé par la musique et
son environnement, Zubin Mehta n’en a pas pour autant oublié ses origines. La musique
fait d’ailleurs partie de celles-ci. Son père, violoniste, créa et dirigea
l’Orchestre Symphonique de Bombay. A l’âge de cinq ans, le petit Zubin dirigeait
déjà des orchestres imaginaires, et, dès l’adolescence, il savait que sa place
était devant les musiciens.
Zubin Mehta est né dans une
famille Parsi, ces zoroastriens ayant quitté l’Iran pour l’Inde il y a 1300
ans, fuyant les persécutions religieuses de l’islam qui venait de conquérir la
Perse. Mehta n’a pas oublié la trinité des principes zoroastriens, qui l’ont
accompagné tout au long de sa vie : bonne pensées, bonnes paroles, bonnes
actions.
Il est de bon ton, dans les grands media français, de s'en
prendre aux rachats de logements par des Juifs dans la partie orientale de
Jérusalem, et d’assimiler la création de logements par Israël dans les
périphéries de Jérusalem à une entreprise de colonisation sournoise.
La récente décision prise par le gouvernement israélien de
procéder à des constructions dans la zone dite E1, entre Jérusalem et Maale
Adumim, a été présentée comme un scandale et une volonté de détruire la
possibilité que naisse un Etat palestinien.
Les journalistes qui ont traité ces sujets n'ont
apparemment jamais regardé une carte de géographie de la région et pas vu, sans
doute, que la continuité à même d'être créée entre Jérusalem et Maale Adoumim
ne coupe en aucune façon en deux la Judée Samarie dans laquelle certains
voudraient voir instaurer un Etat palestinien.
Ils ne se sont non plus vraisemblablement jamais rendu sur
place et n'ont donc pas pris la route qui mène vers Jéricho et la mer Morte.
Ils ignorent, en outre, qu'Israël n'a chassé de Jérusalem aucun de ses
habitants arabes, et que des constructions arabes - édifiées souvent sans le
moindre permis de construire - y voient le jour chaque mois.
Voici
l’idée que l’on se fait, en Arabie Saoudite,
des fouilles
archéologique…
In journal Ar-Riyadh
Ils feignent probablement d’ignorer aussi que l'immense
majorité [plus de 80%. Ndlr.] des Arabes vivant à Jérusalem n'ont absolument
aucune envie de passer sous la coupe de l'Autorité palestinienne, qu'ils
considèrent comme une entité crapuleuse et corrompue. Ils ne souhaitent qu'une
chose : conserver un statut de résident en Israël, ou, si possible, acquérir la
nationalité israélienne ; quitte à voter ensuite, de manière
schizophrénique, pour des partis politiques anti-israéliens tels que Balad [Initiales
de Brit Léoumit Démocratit en hébreu, soit l’alliance nationale
démocratique. Parti politique nationaliste arabe, mais israélien, actuellement
dirigé par Jamal Zakhalka. Ndlr.].
Ils ignorent, semble-t-il, que, lorsque l'on roule en
voiture dans Jérusalem, comme je le fais chaque fois que je suis en Israël, il
est très difficile de savoir quand on est à Jérusalem tout court ou à Jérusalem
Est.
Mais vont-ils jusqu'à ignorer que dans Jérusalem réunifiée,
capitale d'Israël, existent la liberté de parole, la liberté de déplacement, et
la liberté de culte pour les Juifs, les chrétiens et les musulmans ?
Liberté de parole, de déplacement et de culte qui
n'existaient absolument pas quand une part de la ville avait été annexée par la
force par la Jordanie ? [Des latrines publiques avaient été adossées au Mur des
lamentations par le gouvernement jordanien. Ndlr.].
Vont-ils jusqu'à ne pas voir que, dans la vieille ville,
les communautés coexistent en général sans heurts, sauf lorsque des musulmans
présents sur le mont du temple, en ce lieu qu'ils appellent l'esplanade des
mosquées, jettent des objets sur les Juifs et les chrétiens présents devant
le Kotel [le mur occidental du Temple de Salomon et d’Hérode] ?
Refusent-ils de savoir que le mont du temple, ou l’ «
esplanade des mosquées », en langage islamiquement correct, est interdit
d'accès aux Juifs, et, le plus souvent, réservé aux seuls musulmans, vu que les
Israéliens en laissent le contrôle aux autorités islamiques, le Wakf,
depuis 1967 ?
On peut penser qu’effectivement, ils ignorent, ils ne
voient pas, ils refusent de savoir.
Ils refusent aussi de savoir, dès lors que toute fouille
archéologique israélienne opérée dans les sous-sols de la vieille ville est immédiatement
présenté comme une forme d'acte de conspiration anti-islamique par les
autorités musulmanes et les dirigeants palestiniens, qui s'emploient à nier
toute présence juive remontant à avant la (re)création d'Israël à Jérusalem,
mais aussi dans toute la Judée Samarie.
Et ils refusent, par conséquent, de savoir quelles
falsifications et quels projets odieux se trament.
Non contents de nier toute présence juive remontant à avant
la (re)création d'Israël à Jérusalem, mais aussi dans toute la Judée Samarie,
et non contents d'accuser Israël de tous les maux de la Terre, les autorités
musulmanes et les dirigeants palestiniens ont, de fait, forgé ces dernières
années une expression qui semble sortie d'un manuel oublié derrière lui par
Joseph Goebbels, lorsqu’ils évoquent la « judaïsation » de Jérusalem, et, bien
sûr, la nécessité de lutter contre ladite « judaïsation ».
Autrement dit, ils accusent les Juifs de s'implanter
artificiellement à Jérusalem, et ils tentent de justifier ainsi ce qu'est leur
vrai projet : rendre Jérusalem Judenrein, vide de toute présence juive
et de toute trace de passé juif.
Il s'agit ni plus ni moins d'un projet d'épuration ethnique
et d'épuration historique à l'état pur, et dans toute la dimension de son
infamie.
Des journalistes dignes de ce nom appelleraient les choses de
manière conforme à la réalité. Combien de journalistes dignes de ce nom
existe-t-il encore en France ?
La lutte contre la « judaïsation » de Jérusalem n'est,
ajouterai-je, pas l'apanage des seules autorités musulmanes de Jérusalem et des
seuls dirigeants palestiniens.
Lors du récent sommet de la Ligue arabe à Doha, le 26 mars
dernier, après qu'ait été réaffirmé l'attachement du monde arabe au « plan de
paix » saoudien de 2002, celui qui prévoit un Etat palestinien dans les
frontières de 1967 et une submersion d'Israël par cinq ou six millions de
réfugiés - belle paix, non ? -, a été affirmée la nécessité impérative de
lutter contre la « judaïsation » de Jérusalem, et la création, à cette fin,
d'un fonds d'un milliard de dollars.
A l'origine du projet de création du fonds, l’on trouve les
dirigeants du Qatar. Ils ont promis de mettre la main dans leur vaste poche,
d'où ils ont déjà sorti des sommes immenses ayant servi à financer le Hamas,
les Frères musulmans, les djihadistes en action en Syrie, l' « aide » aux
jeunes musulmans des banlieues françaises, et la conquête de la France par le
biais de divers agents d'influence, dont ceux qui se cachent derrière un ballon
de football.
Cela fait plusieurs
semaines que l’on jasait sur l’éventualité de l’existence d’un hôpital de
campagne israélien sur la frontière syrienne.
Tsahal se refuse à
tout commentaire. La seule photo qui avait été diffusée était un étrange cliché
présenté par l’AFP. Une image orpheline, photographiée nuitamment, celle
d’une base de l’armée israélienne dans le Golan mais pas d’un hôpital.
Officiellement, l’on
savait que des blessés venus de l’autre côté de la frontière avaient été admis
dans des hôpitaux israéliens, notamment à Safed et à Haïfa. Le porte-parole de
Tsahal disait qu’ils avaient pénétré sur le territoire hébreu par des trous
dans la clôture.
La base 105
En haut, la forteresse, à gauche,
les dortoirs des soldats, à droite, l’hôpital cloisonné
Hier, nous avons enfin
pu mettre fin à ces supputations. Après des recherches intensives sur le
terrain, nous avons trouvé l’hôpital en question, et avons même eu la chance
d’interviewer certains de ses occupants.
Ce qui suit est
étonnant, mais tout est documenté, photographié et filmé en HD broadcast, même
les interviews. Fin du doute. Début des révélations.
Les rumeurs qui
courraient étaient toutes fausses : il ne s’agit pas d’une unité de soins
de première urgence, uniquement destinée aux blessés de la guerre civile. C’est
un vrai hôpital !
Ouvert tous les jours,
il accueille, outre les blessés, les femmes enceintes et les malades syriens.
Il faut dire que, de l’autre côté de la frontière, des millions de personnes
manquent cruellement d’assistance médicale adaptée.
Et puis il est
difficile de se déplacer en sécurité ; les villes de Jubata et Hader, qui
jouxtent l’hôpital, ne sont distantes que de cinq kilomètres du point de
passage de Quneitra. Et à ce point de passage, où ne transitent que les casques
bleus de l’ONU et des camions de pommes israéliennes pour les ventres affamés
syriens, c’est toujours le drapeau de Béchar al Assad qui flotte.
L’insurrection ne
contrôle pas le territoire mais uniquement des morceaux d’icelui. A Hader, on
nous a rapporté de terribles exactions de l’Armée alaouite : des viols en
série, des assassinats de dizaines d’adultes et d’enfants, un massacre. A
Jubata, nous avions photographié, il y a quelques mois, des scènes d’apocalypse
où l’on voyait des obus de l’artillerie d’al Assad tomber en plein
centre-ville.
Les Israéliens ont mis
un grand soin dans la conception de leur clinique. Ainsi, ils ont opéré une
séparation absolue entre les activités militaires de leur base numéro 105, et
les occupations médicales.
Ils ont entouré la
zone des soins d’une longue et haute palissade de tôle blanche. Même les
soldats ne peuvent apercevoir ce qui s’y déroule ; eux gardent l’œil rivé
sur la guerre civile et sur les dangers qu’elle recèle pour le pays qu’ils ont
à défendre.
L’hôpital en gros plan,
les conteneurs bruns semblent former
la salle d’op
L’objectif des Israéliens,
en procédant à cette séparation, est double : premièrement, ils ne
voulaient pas que la vérité soit connue concernant leur coopération avec l’insurrection.
En lisant cet article et en voyant les photos, la presse d’al Assad va s’en
donner à cœur joie pour dénoncer la "collusion" entre les
"terroristes" et les sionistes ; elle en parlait déjà tous les
jours, sans avoir le moindre indice à se mettre sous la dent.
Et puis, les médecins
qui travaillent dans cet hôpital et qui sont tous civils, dont on voit deux
véhicules à l’orée du camp – les voitures civiles ne sont pas admises à
l’intérieur – exigent que l’intimité des patients et le secret médical soient
strictement respectés.
De cette manière, les
patients syriens accèdent aux diverses unités de soins sans avoir à croiser le
regard inquisiteur et la vue des armes des militaires hébreux.
C’est un hôpital de
campagne, du type de celui que Jérusalem avait envoyé en Haïti lors du dernier
tremblement de terre en janvier 2010, et dans plusieurs autres sites dévastés
par des catastrophes naturelles ou d’origine humaine.
Les Israéliens sont à
la pointe de ces techniques médicales : l’hôpital est autonome. Au début,
il peut fonctionner plusieurs jours en ne comptant que sur ses sources
électrogènes. Il dispose de la plupart des services hospitaliers
habituels ; ceux-ci sont disséminés dans des conteneurs. On y trouve une
unité de radiologie, avec scanner et IRM, un département obstétrique, une salle
d’opération, etc.
Le centre médical est
ouvert 24h sur 24. Et il nécessite la présence de nombreux médecins, qui
dorment sur place quelques jours par semaine et à tour de rôle. Il y a des
Israéliens juifs et des Israéliens arabes parmi le personnel médical, ce qui
facilite la communication avec les malades.
Les cas graves sont
envoyés sur les hôpitaux du nord d’Israël, généralement à Safed, à cinquante minutes
de route par ambulance militaire, ou à Rambam, à Haïfa, pour les cas de
chirurgie cardiaque et de problèmes neurologiques, parfois par hélicoptère.
La sécurité de
l’hôpital a été placée dans les mains du commando d’élite de la célèbre brigade
d’infanterie Golani : les Orev Golani (les corbeaux de Golani).
Leur emblème trône fièrement près du portail du camp. Les soldats dorment dans
la bâtisse blanche en préfabriqué que l’AFP avait pris pour l’hôpital.
Plusieurs fois par semaine, pour se détendre, ils effectuent un footing tout
près de la frontière, sous un mirador de l’ONU, à quelques centaines de mètres
de là où les Syriens s’entretuent.
L’entrée de l’hôpital, côté
israélien,
gardé par trois half-track des Orev
Golani,
dont les armoiries, avec leur
corbeau, sont visibles devant le portail du camp
Contrairement à ce qui
avait aussi été suggéré, l’hôpital n’a pas été établi sur le territoire syrien,
mais en-deçà de la ligne de séparation alpha, qui délimite, depuis un accord en
1974, la frontière opérationnelle entre la Syrie et l’Etat hébreu.
Si l’existence de ce
complexe de soins était censée rester secrète pour le reste du monde, et pour
la presse en particulier, Jérusalem désirait toutefois que les populations en
connaissent l’existence et qu’elles le fréquentent sans crainte.
Israël pense ainsi
avoir trouvé une astuce afin que des dizaines de milliers de réfugiés ne
viennent pas squatter son territoire, comme c’est le cas en Turquie, en
Jordanie et au Liban. Si les services de santé sont assurés – le service public
le plus important pour une communauté humaine – cela participe à stabiliser les
populations.
Les soins sont absolument
gratuits, cela va sans dire, y compris les interventions chirurgicales complexes
auxquelles les malades d’en-face n’auraient jamais pu avoir accès, même en
temps de paix.
Ensuite, l’Etat hébreu
pense à l’avenir et à l’inéluctable remplacement de la dynastie alaouite des al
Assad par les sunnites, largement majoritaires (16,5 millions de sunnites
contre 1,5 million d’alaouites). Dans ces conditions, mieux vaut modifier l’exécrable
image des Juifs que propage le régime syrien depuis le jour de son
instauration.
En 1973, lors de la
contre-offensive de Tsahal durant la guerre de Kippour, en pénétrant dans la
ville de Sassa toute proche, les combattants hébreux avaient eu la surprise de leur
vie en constatant que les hommes, en guise d’offrande et pour avoir la vie
sauve, avaient attaché leurs femmes et leurs filles en pâture devant leurs
maisons.
Après les avoir
libérées, les soldats furent étonnés de ce que les habitants lorgnaient sans
cesse leurs pieds et leur arrière-train. C’est qu’on leur avait raconté que les
Juifs avaient les pieds palmés et une queue.